Gildas Dacre-Wright

CONSTANCE CHARPENTIER

  Peintre (1767 – 1849)

 

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                                              AVANT - PROPOS

  Personne, en dehors du milieu de la peinture, ne connait le nom de Constance-Marie Charpentier. Bien peu, dans ce milieu, s’y intéressent. Tout au plus sait-on qu’un tableau d’elle se trouve au musée de Picardie à Amiens et qu’un dessin qualifié d’autoportrait existe au musée Magnin de Dijon. Le néoclassicisme, surtout quand il ne s’agit pas de ses représentants les plus éminents, ne fait guère recette en ce début du XXIème siècle. Et la notoriété passagère que valut à Mme Charpentier l’attribution en 1951 d’un ravissant tableau exposé au Metropolitan museum of art de New-York s’estompe depuis qu’en 2007 il a été réattribué à une autre peintre de son temps. Ceux qui étaient tentés de lui attribuer tel ou tel tableau non signé et plus ou moins vaguement dans son style, histoire de faire monter les enchères dans les prisées, s’en désintéressent.

  Personne, ou si peu de monde, ne sait qu’elle fut, par le seul jeu des circonstances, bien près du cœur de la Révolution et que si, finalement, elle ne fut pas personnellement menacée, cela n’alla pas sans de réelles frayeurs sous la Grande Terreur. Qui se préoccupe de savoir que, mère de deux filles, elle les perdit toutes les deux prématurément ? Le temps efface tout et deux siècles ont passé.

Reste la peinture qui fut sa passion quoi qu’il advint. Son œuvre est peu connue car, principalement portraitiste, elle vendit à des particuliers la plupart de ses tableaux qui, s’ils existent encore, pendent ici ou là aux murs de demeures ignorées. Il fallait bien vivre. Mais, ce que l’on peut en connaître aujourd’hui, comme les appréciations élogieuses de ses contemporains et les récompenses publiques qui lui furent décernées, révèlent une artiste d’une grande finesse qui ne mérite pas l’oubli dans lequel elle est tombée.

  Ce petit ouvrage s’efforce de rassembler tout ce que l’on peut savoir aujourd’hui de cette femme sensible, dynamique, fidèle en amour comme en amitiés, peintre avant tout, qui vécut toute sa longue vie dans ce qui est l’actuel sixième arrondissement de Paris.

 

                                                                                                G. D. W.

                                                                                 Le Chesnay, 9 septembre 2009.  

 

« J’espère ne pas l’avoir desservie en mêlant ce qui aurait pu être à ce qui a été. »

Henri Troyat 
(Avertissement de « La femme de David »)

 

 

 

 

Abréviations utilisées dans le texte :

C.P. : Collection privée : Le tableau existe aujourd’hui et appartient à une personne privée dont l’anonymat est préservé.

A.F. : Archives de la famille : Le document cité existe aujourd’hui et est conservé par les descendants directs de Constance Charpentier. 

                                                                1

                                                            1787

                                 LA COUR DU COMMERCE      

 

 Constance-Marie Blondelu est née à Paris le 4 avril 1767. Elle est la fille unique de Pierre-Alexandre-Hyacinthe Blondelu et de Marie-Angélique Debacq.

Pierre-Alexandre-Hyacinthe Blondelu est «marchand épicier à Paris» ainsi que le qualifie un jugement rendu le 23 juin 1773 par le marquis de Boulainvilliers, prévôt de Paris, dans une obscure affaire d'héritage disputé entre frères et soeurs [1] . A cette génération, ils ne sont pas moins de dix-neuf enfants ! C’est une famille bourgeoise et catholique. Le frère aîné de Pierre-Alexandre-Hyacinthe est chanoine à la basilique de Noyon, dans l’Oise, là-même où, des siècles auparavant, un certain Charlemagne a été proclamé roi puis, plus tard, Hugues Capet  couronné. Les racines de la famille Blondelu issue de Moreuil, bourg de la Somme situé à une quinzaine de kilomètres au sud-est d’Amiens, sont désormais pour l’essentiel à Noyon avec des extensions dans l’Oise vers Brétigny, Catigny, La Neuville-en-Beine et même jusqu’à Ham. Outre Jean-François Blondelu, le chanoine (1735-1806), on trouve à Noyon à cette époque deux autres frères de Pierre-Alexandre-Hyacinthe, Nicolas Blondelu (1728-1795) et Louis-Augustin Blondelu (1744-1812) curieusement dit Beaulieu, ancien chartreux sorti de l’Ordre et qui se mariera plus tard avec une jeunesse, et aussi une sœur, Marie-Anne-Geneviève Blondelu (1750-1823) qui a épousé Thomas Gély (1736-1802). Ceux-ci ont une fille, Euphrosine-Marie-Anne qui a 10 ans en 1787. Mais, en « montant » à Paris pour développer une affaire de mercerie, le père, François Blondelu, et la mère, née Geneviève Cochepin, de cette nombreuse famille, ont essaimé aussi dans la capitale où deux autres sœurs de Pierre-Alexandre-Hyacinthe, Marie-Josèphe Blondelu et Marie-Adélaïde Blondelu, ont épousé, l’une, Charles Blanvin et l’autre, Pierre Bignot. N’allons pas plus loin dans une énumération qui deviendrait vite fastidieuse et qui n’est donnée ici que pour citer ceux et celles qui, pour être mentionnés par elle dans ses lettres, auront de l’importance dans la vie de Constance-Marie. Il suffit de savoir que les liens entre les Blondelu parisiens et ceux de Noyon sont solides et que, lorsque la fatigue de la ville devient excessive, les parisiens filent chez les oncles, tantes et cousins ou cousines de Noyon. Le calme du Noyonais et la chaleur familiale remettent les choses en place.  

Marie-Angélique Debacq est née le 6 décembre 1740 à La Neuville-Roy, commune située à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Noyon, entre Saint-Just-en-Chaussée et Compiègne. Les Debacq sont une famille bourgeoise qui possède des terres et des fermes dans la région de La Neuville-Roy. C'est aussi une famille catholique. Le frère de Marie-Angélique Debacq est curé de Montmartin, village situé à huit kilomètres de La Neuville-Roy. La famille Debacq est alors nombreuse. On en trouve jusqu’à Compiègne. Les séjours de détente côté Blondelu s’accompagnent toujours de visites côté Debacq.

A Paris, Pierre-Alexandre-Hyacinthe Blondelu a établi son magasin d’épicerie dans la Cour du Commerce. Ce passage, dont une partie existe encore aujourd’hui, avait été ouvert en 1735 puis prolongé en 1776. En 1787, il relie la rue des Cordeliers, dont il dépend en matière d’adresses [2] , à l’embranchement des rues Dauphine, Bussi et Saint-André-des-Arts. Bien d’autres commerces y sont implantés au rez-de-chaussée des maisons d’habitation qui le bordent. L’endroit est animé sans toutefois présenter les désagréments des vieux quartiers de la rive droite envahis par le tohu-bohu de l’approvisionnement de Paris débarqué sur les quais de la Mégisserie ou de la Grève. On raconte qu’un troupeau de vaches, destiné à être abattu du côté de Saint-Jacques-la-Boucherie, a échappé à ses gardiens et, dévalant les ruelles encombrées, renversant étals et passants affairés, a fini sa course dans l’église Saint-Eustache. Rien de tel n’est à craindre dans la Cour du Commerce. Ce passage est apprécié des médecins qui trouvent avantage à sa proximité de l’Académie de médecine de la rue des Cordeliers, des peintres qui ne s’y sentent pas trop loin du Louvre, des agents du Palais de Justice, des commerçants enfin. Tout un milieu bourgeois qui se connait, se rencontre, se reçoit, discute et commente les évènements et ces idées nouvelles qui sont agitées dans les cafés. Justement, on peut accéder au plus célèbre et au plus couru d’entre eux, le Procope, par un accès arrière qui donne sur la Cour du Commerce [3] . C’est commode et les hommes de la Cour du Commerce en profitent pour s’y retrouver sans avoir à courir loin du domicile familial.

Pierre-Alexandre-Hyacinthe Blondelu est décédé en 1786 [4] .

Le commerce a été vendu mais n’a pas disparu. Marie-Angélique a conservé le logement. Elle habite ainsi avec Constance-Marie «  rue des Cordeliers, près de l'épicier » comme le précise l'adresse d'une lettre conservée [5] . Si, au-delà même de la tristesse de la séparation, il n’est jamais facile pour une femme de se retrouver à quarante-six ans seule avec sa fille, elles ne sont pas pour autant isolées. Pierre-Alexandre-Hyacinthe n’était pas seulement un commerçant avisé. Avec Marie-Angélique, ils ont toujours pris une part active au petit monde de la Cour du Commerce et développé des relations amicales avec ceux et celles qui s’y trouvent. Il y a d’abord Marc-Antoine Gély, un cousin de Thomas Gély (celui de Noyon), qui vit là avec son épouse, Marie-Jeanne Léger Revel, et leurs trois filles Marie-Antoinette, Marie-Jeanne et Louise-Sébastienne, la petite dernière née le 3 mars 1776. C’est la famille, soutien précieux. Mais il y a aussi Jean-Baptiste Regnault, peintre reconnu alors âgé de 33 ans, qui a séjourné à la villa Médicis avec Jacques-Louis David et qui est membre de l’Académie des Beaux-Arts depuis 1782. Le jeune Louis Lafitte, 17 ans, est alors son élève. Belle ouverture vers le monde de la peinture. Ou encore Charles-François Bourjot, « officier de santé », qui n’est que l’une des nombreuses connaissances du ménage Blondelu dans le milieu de la médecine. Ceux-là habitent Cour du Commerce [6] .

Mais, de proche en proche, de rencontres en rencontres, de soirées en soirées passées à commenter l’actualité ou, plus simplement, à jouer quand dehors il fait froid et que les chandelles ménagent dans les intérieurs une lumière douce favorable aux confidences, les Blondelu ont fait la connaissance, par exemple, de Jacques-Louis David et de La Neuville, côté peinture, ou de Charles-Daniel Gaultier de Claubry, côté médecine. Ce dernier est de leur génération. A 49 ans, sa réputation de gynécologue n’est plus à faire. Il a en son temps pris part à la guerre de sept ans et a été promu, à 25 ans, « chirurgien, aide-major des Camps et armées du Roy » ; puis il est devenu « professeur dans l’art des accouchements » [7] . Maître de chirurgie depuis 1782, il est membre de l’Académie de médecine et « médecin de quartier » du comte d’Artois [8] . De telles relations sont agréables, car il s’agit de personnalités au-dessus du commun. Elles peuvent aussi être utiles, le cas échéant. Comme le fait d’être amis avec un marchand épicier n’est pas sans désagréments pour les autres dans ces temps où l’approvisionnement de Paris est souvent difficile. Heureusement, tout n’est pas intérêt dans les relations amicales, mais un intérêt éventuel n’y nuit pas forcément.

  Constance baigne depuis vingt ans dans ce milieu où l’on parle librement et sans contrainte. Les démêlés du Roi avec le Parlement sont l’objet de discussions animées. Vu de la Cour du Commerce, le pouvoir royal, confiné dans son château de Versailles, est bien loin. On comprend que Louis XIV ait fait de son château l’outil politique parfaitement adapté à son temps pour mettre un point final à la féodalité. Mais on estime que, maintenant, le Roi est coupé de la réalité et que la cour est le siège de trop de scandales, comme cette affaire du collier de la Reine qui a défrayé toutes les chroniques deux ans auparavant. On se demande ce que le roi Louis XVI et ceux qui l’entourent comprennent des idées agitées depuis près d’un demi-siècle par les encyclopédistes, par un Voltaire, par un Rousseau. On sait que les finances sont au plus bas et que la guerre faite à l’Angleterre pour soutenir les insurgés américains en est la cause. Le Parlement, tout proche, fulmine et les libelles politiques, satiriques, souvent haineux à l’égard de Versailles foisonnent dans les rues. Dans ce milieu de la bourgeoisie aisée, on s’efforce de démêler le sensé de l’excessif. Mais, tout de même, pense-t-on, ne faudrait-il pas évoluer un peu ? On ne récuse pas le principe de la monarchie et on reste fidèle à l’Eglise. Mais, décidément, tel qu’il est, l’ordre régnant est bien pesant et, peut-être, dépassé. On sent que quelque chose se prépare, mais quoi ?

Constance entend tout cela mais elle ne l’écoute guère. Son esprit est ailleurs.

                                      

                                                 2

                                           L’APPRENTISSAGE

 

Ce matin du 5 avril 1787 le ciel est dégagé sur Paris. La température est douce. La Cour du Commerce commence à s’éveiller. Constance embrasse rapidement sa mère et sort. Un coup d’œil au ciel. Tout va bien, il ne pleuvra pas. D’un pas pressé elle prend le chemin du Louvre. Elle a eu vingt ans la veille. L’évènement a été fêté sobrement avec quelques amis invités pour l’occasion par Marie-Angélique. On n’a pas vingt ans tous les jours. Constance est une fille solide. Un visage rond, un nez qu’elle trouve un peu trop rond aussi, une bouche bien dessinée, des yeux bruns et de beaux cheveux châtains retenus par une écharpe hâtivement nouée lui donnent du charme. L’élégance est le cadet de ses soucis. Elle a bien mieux à faire. Elle dévale la rue Dauphine et prend le Pont-Neuf  déjà encombré. Henri IV, du haut de son cheval, contemple impassible le tohu-bohu de marchands de toutes sortes, de charrettes, de gens à cheval et de voitures attelées qui se pressent sans considération excessive pour les piétons. Il faut se glisser au milieu des roues qui menacent à tout moment d’écraser le chaland distrait et tenter d’éviter les immondices que personne ne songe à nettoyer. Peu importe. Constance est légère et elle a l’habitude. La voilà quai de l’Ecole. Un coup d’œil au passage. Il y a là, au n° 3, le café du Parnasse. Elle l’a remarqué depuis longtemps car elle entend beaucoup parler de ces cafés qui se sont multipliés dans Paris, à commencer par le Procope voisin du domicile familial. Elle sait qu’à mi chemin entre le salon, spécialité de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie où le raffinement le dispute au persiflage, et le cabaret ou l’estaminet où le tout-venant boit, chante et court la ribaude, les 600 cafés de Paris sont les rendez-vous quotidiens des désoeuvrés, des beaux-parleurs, des joueurs de dominos, de dames et d’échecs. Constance se garde bien d’y mettre les pieds mais elle a remarqué que le Parnasse est surtout fréquenté par les avocats et autres juristes, familiers du Palais ou du Vieux Chatelet, qui viennent y déguster tasses de café, bavaroises au lait, limonade et autres boissons rafraîchissantes en commentant les évènements du jour. Ce matin, il vient à peine d’ouvrir sa porte. Le regard de Constance glisse. Déjà, le Vieux Louvre apparait. Déserté depuis un siècle par la monarchie, il est en bien mauvais état. Des artistes ont élu domicile dans la colonnade édifiée par Perrault en face de l’église Saint Germain l’Auxerrois. Des tuyaux de poëles sortent de la façade. Peu importe, c’est le temple de la peinture. Dans la Grande Galerie qui longe la Seine se tient régulièrement l’exposition de l’Académie de peinture et de Sculpture, le Salon. Jacques-Louis David y loge et y a son atelier depuis que l’Académie, en 1781, a agréé à l’unanimité son « Bélisaire ». C’est vers cet atelier que, ce 5 avril 1787, Constance se hâte. Elle est l’une des élèves de David.

Pierre-Alexandre-Hyacinthe et Marie-Angélique ont très tôt remarqué que leur petite Constance aimait dessiner. Beaucoup d’enfants adorent se saisir d’une feuille et d’un crayon pour y griffonner une maison, un arbre ou un bonhomme approximatif. Mais Constance allait plus loin. Elle saisissait, bien maladroitement mais quand même, un trait de lumière, une ombre, une couleur. Elle regardait et s’amusait à tenter de   reproduire ce qu’autour d’elle on ne faisait que voir. Tout en assurant à leur fille l’instruction indispensable, ses parents en parlèrent autour d’eux. Après tout, si Constance avait des dispositions, pourquoi ne pas lui donner l’occasion de les faire fructifier ? On leur indiqua l’école de dessin fondée par Johann Georg Wille. Quand Constance avait dix ans, le maître avait 62 ans et son talent de graveur, son goût pour la peinture et son entregent de marchand d’art l’avaient fait reconnaître, depuis son installation à Paris en 1736, comme un artiste incontestable. Il avait accepté de prendre en charge la fillette et de développer chez elle ce qu’il avait reconnu comme un don naturel [9] . L’apprentissage avait duré sept longues années. Et à 17 ans, Constance rêvait de peinture. Le monde était-il en noir et blanc ? Avec ses parents d’abord, avec des amies ensuite, elle se précipitait au Salon lorsqu’il ouvrait ses portes. Elle était restée longtemps stupéfaite devant le « Bélisaire » exposé par David au Salon de 1781. Elle avait été bouleversée par l’Astyannax enfant de l’ « Andromaque »  du même David au Salon de 1783. Elle rencontrait fréquemment leur voisin, Jean-Baptiste Regnault, dont elle avait admiré « L’éducation d’Achille » au Salon de 1783. Elle ressentait de façon irrépressible, l’envie et, pour tout dire, le besoin de découvrir enfin avec la peinture le jeu des ombres et de la lumière, les variations infinies de la couleur et l’art de la composition. Il lui fallait autre chose.

Pierre-Alexandre-Hyacinthe et Marie-Angélique l’encouragèrent. S’il l’acceptait, pourquoi ne pas tenter de la faire entrer dans l’atelier de Jacques-Louis David dont la réputation n’était déjà plus à faire ? Avec le soutien de Jean-Baptiste Regnault, qui suivait d’un œil intéressé les progrès de Constance et qui appréciait chez sa jeune voisine son enthousiasme et ce regard que seuls les artistes nés portent sur les choses, et avec celui du vieux maître Johann Georg Wille qui estimait ne plus rien avoir à apprendre à son élève en matière de dessin, cela ne fut pas trop difficile. Au début de l’année 1784, Constance prit pour la première fois le chemin du Louvre. A 17 ans, elle n’était pas la plus jeune. Un jeune garçon  de 14 ans, François Gérard, venait d’y arriver. Et, une nouvelle fois, tout était à apprendre.

L’atelier se trouve dans l’aile nord de la Colonnade. C’est une grande pièce, haute de plafond et bien éclairée par une grande baie vitrée. Enfin, bien éclairée ! A condition que la lumière du jour s’y prête, ce qui est généralement le cas à la belle saison mais se fait souvent désirer en hiver où fréquemment, à partir de quatre heures de l’après-midi, il faut allumer les chandelles. Tout bascule alors. Les couleurs, les ombres et les clartés sont bouleversées. Il vaut mieux s’arrêter. L’encombrement de l’atelier est incroyable. Il peut y avoir jusqu’à trente élèves entassés sur les gradins placés de chaque côté de l’estrade où se trouve le modèle vivant. La plupart travaillent sur un grand carton posé sur les genoux. Quand on manie le fusain, l’inconvénient n’est pas trop grand. Les choses deviennent difficiles lorsqu’il s’agit d’avoir un chevalet et de peindre. Il faut alors s’imposer dans un espace suffisant et le défendre. La bonne méthode est toujours d’arriver tôt. Constance n’y manque jamais et a ainsi fini par avoir un coin à l’abri des empiètements plus ou moins sournois de ses congénères. L’atelier est étouffant en été et glacial en hiver. On y respire des odeurs de peinture, de vernis et de tabac. Mais qu’importe ! Tous, garçons et filles dans leurs blouses maculées et emmitouflés dans des lainages informes quand le froid est trop vif, sont habités par la même passion, peindre avec talent, et ont la même ambition, être reconnus comme de vrais artistes. David passe régulièrement dans l’atelier, conseille, redresse ici une faute de perspective, là le modelé maladroit d’une main, là encore une couleur imparfaite. Tout au moins quand il n’est pas accaparé par ses propres travaux. D’octobre 1784 à août 1785, il a même quitté Paris pour Rome où il a réalisé le « Serment des Horaces », incontestable chef d’œuvre exposé au Salon de 1785 et qui a forcé l’admiration. Pendant ce temps, les élèves ont continué à travailler et le maître, à son retour, ravi du succès de son tableau, a repris ses conseils. Constance a progressé. Et, maîtrisant de mieux en mieux l’aspect purement technique de la peinture, elle a commencé à se lasser des sujets d’étude, des ébauches de composition, des tableaux mis de côté à peine réalisés et des portraits sans cesse recommencés. Elle a ressenti le désir de passer à autre chose, de se surpasser.

Ce 5 avril 1787,  Constance a pris sa décision. Le problème est simple. Pour être connu, il faut exposer au Salon, seule voie permettant d’attirer l’œil du public, voire de la Cour, et d’obtenir des commandes. Pour exposer au Salon, il faut être agréé par l’Académie royale de peinture et de sculpture. Pour être agréé, il faut la convaincre par un tableau. Les grandes compositions relatant tel ou tel évènement de l’antiquité grecque ou romaine sont la norme. Tous se plient à cette norme imposée. Il faut donc s’y mettre. Constance a son idée. L’Astyannax de l’ « Andromaque » de 1783 de David l’avait séduite. Elle va reprendre le personnage mais, bien qu’encore jeune, Astyannax ne sera plus un enfant ; ce sera le moment où Ulysse le trouve affligé devant la tombe d’Hector. Constance pénètre dans le Louvre. Il n’est pas encore neuf heures. Tout est calme. Il n’y aura personne dans l’atelier. Il va falloir agrandir son espace réservé, y placer la grande toile, commencer tout de suite à grands traits l’esquisse de la composition, mettre les autres devant le fait accompli du début d’un long travail. Constance en tremble d’excitation.

 

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             De la rue des Cordeliers et de la Cour du Commerce au Vieux Louvre en 1787.


 

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                                                       Le quai de l’Ecole en 1787.

                             Le café du Parnasse de François-Jérôme Charpentier était au n° 3.

 

                                                              3

                    DU NOUVEAU, COUR DU COMMERCE

   

  L’été 1787 est arrivé. Pas question pour Constance d’aller à Noyon cette année. Astyannax l’occupe tout entière. On ira prendre l’air de la campagne quand il sera achevé et reconnu. C’est ainsi qu’un soir du début du mois de Juillet, Marie-Angélique raconte à Constance, qui vient de rentrer du Louvre et s’acharne à nettoyer ses mains de la peinture qui les recouvre, que de nouveaux venus ont emménagé dans un grand appartement de six pièces au premier étage du n° 20 de la Cour du Commerce [10] . Bien entendu, Marie-Angélique s’est renseignée. Charles-Daniel Gaultier de Claubry passait par là en allant à l’Académie de médecine et lui a raconté ce que lui avait appris l’un de ses collègues, Nicolas Papillon, cousin du marié, qui avait été témoin au contrat de mariage des jeunes époux le 9 juin précédent.

Constance écoute distraitement le bavardage de Marie-Angélique. Elle est préoccupée. Elle n’arrive pas encore à donner à son Ulysse une attitude convaincante.

Mais Marie-Angélique est lancée : Il s’agit, dit-elle, d’un jeune avocat de 28 ans au Conseil du Roi, Georges-Jacques Danton, qui se ferait appeler D’anton. Il parait que c’est exactement ainsi que le nomme le contrat de mariage. Pas d’Anton, D’anton. Il doit faire cela pour faire bien au Conseil.  D’ailleurs, ajoute Marie-Angélique avec un sourire, l’habitude se prend. Même le Claubry de notre ami Charles-Daniel n’est que le nom ajouté d’une propriété familiale du côté de Blois et ne signifie aucun ennoblissement, ce qui n’enlève rien à ses mérites. Bref, il sait tout de ce Danton ou D’anton.  Il est né le 26 octobre 1759 à Arcis-sur-Aube, un simple village à un peu plus de trois lieues au nord de Troyes. Il est arrivé à Paris en 1780 et a été clerc pendant 4 ans dans l’étude de Me Vinot, procureur au Parlement, rue Saint-Louis-en-l’Ile, qui le logeait et le nourrissait. Il y a appris le droit et est allé, en 1784, passer sa licence à Reims où elle est plus facile à décrocher. Revenu à Paris, il a vivoté. Il parait, souligne Marie-Angélique avec un sourire,  qu’il a habité rue des Mauvaises Paroles, juste derrière Saint Germain l’Auxerrois. Pour un avocat …  Il serait entré, l’année dernière à la Loge des Neuf Sœurs. Mais, surtout, il a fréquenté depuis son retour à Paris le café du Parnasse, quai de l’Ecole.  [11]

Constance dresse l’oreille. Tiens, le café du Parnasse devant lequel elle passe matin et soir.

  Du coup, voyant l’intérêt de Constance se renforcer, Marie-Angélique devient intarissable : Le propriétaire du café est un certain François-Jérôme Charpentier qui n’est plus de toute première jeunesse puisqu’il est né en 1724. C’est un contrôleur des fermes qui a pris en 1773, par on ne sait quelles circonstances, l’état de marchand limonadier. Les clients de son café l’apprécient, parait-il [12] . Il a épousé une Angélique-Octavie Soldini, d’origine italienne. Ils ont trois enfants : un fils, Antoine-François, qui est clerc de notaire rue de l’Arbre Sec qui donne dans le quai de l’Ecole ; une fille, Antoinette-Gabrielle, qui a 27 ans et tient le comptoir ; et un fils, François-Victor, qui a 26 ans et est, semble-t-il, négociant. Il doit aider son père. Bref, Georges-Jacques Danton a trouvé la maison et la fille à son goût et lui-même n’a pas déplu à l’une et à l’autre. Alors les Charpentier lui ont avancé 15000 livres grâce auxquelles il a pu acheter une charge d’avocat au Conseil du Roi [13] , dont le siège est rue de la Tisseranderie derrière l’hôtel de Ville. Et ils ont accordé la main de leur fille Antoinette-Gabrielle au jeune avocat. Le contrat de mariage a été signé le 9 juin. Le bonhomme Charpentier n’est pas fou : les 15000 livres sont comprises dans la dot. Le mariage religieux a eu lieu le 14 juin à Saint Germain l’Auxerrois. Il y avait, parait-il du beau monde : du côté du marié, en dehors des membres de sa famille, Nicolas Papillon ; du côté de la mariée, ses deux frères, plusieurs cousins, et une certaine Françoise-Angélique Hébert, veuve d’Hubert Taraval, peintre ordinaire du Roi ; et bien d’autres, deux conseillers du Roi, un procureur, un avocat au Parlement … Ce fut, semble-t-il un beau mariage.

Marie-Angélique fait une pause, un peu essoufflée. Constance note que cette famille Charpentier semble avoir des relations dans le monde de la peinture.

Marie-Angélique reprend : Ton oncle Marc-Antoine Gely m’en a parlé aussi. Tu sais qu’il est huissier-audiencier au Palais. Il a eu l’occasion de rencontrer le jeune avocat. Ils se sont vus plusieurs fois au café du Parnasse et ont sympathisé. Quand il a appris le mariage et que le jeune ménage cherchait un logement, l’oncle Gely a indiqué que celui du premier étage du n°20 était libre. L’affaire s’est faite pour neuf ans non sans que le propriétaire ait pris de solides assurances du côté Charpentier. Car le marié, en dehors de sa charge, n’a rien. 

Puis, elle conclut : Charles-Daniel m’a dit, sur la foi de ce que lui a raconté Papillon, que les Charpentier forment une famille solide et unie. L’aîné reprendra certainement l’étude notariale où il est clerc. Antoinette-Gabrielle est douce et avenante. Et le dernier, François-Victor, est un beau garçon cultivé et plein d’entregent. Quant à Danton, son visage a été déformé par un accident quand il était enfant, mais c’est un colosse qui parle beaucoup, avec feu et une conviction qui fait oublier sa laideur. Voilà ce que je sais. Il valait mieux que tu le saches car nous serons inévitablement appelées à les connaître. La Cour du Commerce n’a pas l’habitude d’ignorer les nouveaux arrivants.

Constance, dont l’esprit s’est à nouveau égaré du côté d’Ulysse, acquiesce sans conviction.

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                                       DECEPTIONS

 Constance a terminé « Ulysse trouvant le jeune Astyannax devant la tombe d’Hector ». Elle l’a présenté. Il a reçu un accueil poli. On s’est étonné qu’une œuvre aussi grande ait pu être réalisée par une jeune femme. On a admis que le dessin des costumes antiques était correct, que la disposition d’ensemble était excellente et que la touche picturale était forte et lumineuse. Un succès d’estime de la part de ceux qui sont réputés être de bons connaisseurs de la peinture. Mais point d’agrément de l’Académie royale de peinture et de sculpture.

Constance est déçue. Elle avait tant travaillé. Mais Jacques-Louis David se contente de sourire et de lui rappeler qu’il lui avait fallu s’y reprendre à quatre fois, en 1771, 1772, 1773 et 1774 pour obtenir le prix de Rome et que son éviction en 1772 n’avait été que le résultat d’une cabale subalterne destinée à faire passer deux autres élèves mieux en Cour [14] . Quand il évoque ces souvenirs, les yeux de Jacques-Louis David étincellent et il jure que, tôt ou tard, il se vengera de cette Académie royale confinée dans des règles dépassées et qui empêche les jeunes artistes de présenter au public les fruits de leur talent sans être passés sous les fourches caudines de sa sélection. Il enrage. Ses élèves connaissent bien ces accès de fureur. Ils approuvent le souhait du maître de faire sauter le verrou de l’Académie afin d’avoir accès sans restrictions au Salon. Mais cela parait tellement improbable.

Constance se remet donc au travail. Elle a réfléchi à un autre sujet. Il doit être exemplaire, c’est-à-dire non seulement avoir une facture picturale inattaquable mais aussi illustrer un grand exemple d’humanité. Alexandre pleurant la mort de la femme de Darius, son plus grand ennemi, voilà un bel exemple de magnanimité de l’un des hommes les plus illustres de l’histoire de l’humanité. Elle s’y attaque. Son coin d’atelier ne lui est plus contesté. On s’est habitué, dans l’atelier de Jacques-Louis David, à voir ce bout de femme devant sa grande toile se battre dans les affres de la création artistique. A deux pas, le jeune François Gérard, qui, en 1788, a maintenant 18 ans, se bat aussi et ambitionne de décrocher le prix de Rome. Son talent est évident. Ils se surveillent du coin de l’œil et plaisantent entre deux efforts.

« Alexandre pleurant la mort de la femme de Darius » n’a pas plus de succès que le premier tableau de Constance. Certes, on lui reconnait un grand style, mais les coloris sont jugés un peu agressifs. [15] Toujours un succès d’estime mais point d’agrément de l’Académie et donc point de Salon. [16]  

Constance, malgré sa grande volonté, n’a pas l’obstination d’un Jacques-Louis David. Son double échec l’a marquée. Elle entre alors dans une longue période de repli. Elle ne se sent plus la force ni même l’envie de repartir à l’assaut d’un problématique agrément de l’Académie. Elle sent, au fond d’elle-même, qu’elle est plus à l’aise dans l’art du portrait que dans ces grandes compositions d’antiques, artificielles et, pour tout dire, assez convenues. Enfin, la Cour du Commerce retient de plus en plus son attention et les circonstances vont l’entraîner dans des voies imprévisibles.

         

                                               5

             VIVRE A COTE DE LA REVOLUTION

              Le ménage de Georges-Jacques et Antoinette-Gabrielle Danton a été bien accueilli par le petit monde de la Cour du Commerce et en est même rapidement devenu le centre. Pendant son enfance et sa jeunesse, Antoinette-Gabrielle a été habituée à recevoir aimablement les habitués du café du Parnasse. Son père, François-Jérôme Charpentier s’est débarrassé de la charge de cet établissement en 1788 [17] mais habite toujours quai de l’Ecole avec son épouse Angélique-Octavie. Quand ils ne sont pas dans leur maison de Fontenay, le trajet entre le quai de l’Ecole et la Cour du Commerce est vite fait et les visites à leur fille sont d’autant plus fréquentes qu’Antoinette-Gabrielle est rapidement enceinte. Ce qui ne l’empêche pas de multiplier ces réunions amicales de l’après-midi ou du soir qui faisaient alors les charmes de la vie en société. Ses parents sont souvent accompagnés par leur fils François-Victor qui, à 27 ans, promène avec nonchalance un regard amusé sur ce qui l’entoure, et par leur fils aîné Antoine-François que  le sérieux avec lequel il assume ses fonctions de clerc de notaire rend  parfois un peu ennuyeux. Les Charpentier font ainsi connaissance des Gely et de leurs trois filles, de Constance et de sa mère, et de tous ceux du monde de la peinture et de la médecine qui font les beaux jours de la Cour du Commerce. Dès qu’Antoinette-Gabrielle a été enceinte, on n’a pas manqué de lui indiquer qu’on avait sous la main un « professeur dans l’art des accouchements ». Charles-Daniel Gaultier de Claubry passe donc régulièrement surveiller l’état de la future mère.

De quoi discute-ton ?  De tout. De peinture lorsque Regnault, La Neuville et même quelquefois David sont là. Constance, avec le feu de ses 21 ans raconte ses efforts, ses déceptions. On brocarde l’Académie. Puis on s’égare vers la technique. Antoine-François Charpentier baille discrètement. François-Victor, lui, est sous le charme de Constance  et fait tout pour attirer son attention.

 

  Quand Georges-Jacques Danton arrive, après avoir embrassé avec fougue Antoinette-Gabrielle, il enchaîne sur la politique. Cet homme a le don de retenir l’attention. Il parle des finances désastreuses du royaume, du rappel de Necker, des hésitations de Versailles, de Philippe d’Orléans, des prochaines élections aux Etats-Généraux. A bien y réfléchir, on ne sait trop où il veut en venir. Mais il fascine. Cette fois, pourtant, c’est Constance qui baille discrètement. La politique l’ennuie, sauf lorsqu’il s’agit de l’Académie mais ce n’est pas le propos de Danton. François-Victor sourit.

Et quand la discussion fait mine de languir, les jeux reprennent. Constance retrouve son entrain. Marie-Angélique et Angélique-Octavie papotent. François-Jérôme s’assoupit dans son fauteuil. On ne rentre quand même pas trop tard chez soi. Marie-Angélique et Constance n’ont pas loin à aller. Les Gely non plus. C’est plus loin pour les Charpentier mais François-Victor est là pour leur éviter tout avatar entre la Cour du Commerce et le quai de l’Ecole.

Malgré les soins de Charles-Daniel, le premier fils des Danton meurt le 24 avril 1789. A l’époque, le décès des enfants en bas âge est malheureusement une chose tellement courante que les chagrins ne sont pas de très longue durée. Les parents pensent au suivant.

De nouvelles têtes apparaissent dans le petit cercle. Camille Desmoulins, avocat efflanqué et bègue de surcroît, membre comme Danton de la loge des Neuf Sœurs, présente un jour sa fiancée, Lucile Duplessis, dix ans plus jeune que lui. Antoinette-Gabrielle et Lucile deviennent vite inséparables. Danton amène parfois un ami d’enfance, Jules Paré, maître-clerc d’un avocat aux Conseils, ou encore Philippe Fabre, curieux bonhomme aux propos souvent surprenants, qui se fait appeler Fabre d’Eglantine et qui est l’auteur d’une chanson qui court les rues et où il est question de la pluie et d’une bergère. Il parle parfois d’un médecin de sa connaissance, Jean-Paul Marat, qui a été médecin des suisses du Comte d’Artois pendant six ans [18] et qui habite la maison qui est à l’angle de la rue du Paon et de la rue des Cordeliers [19] . Un voisin.

Constance et sa mère regardent avec un peu d’étonnement se transformer le calme petit cercle auquel elles étaient habituées. Mais les bruits du dehors rapportés par ces nouveaux venus ne les inquiètent pas outre-mesure. Antoinette-Gabrielle est à nouveau enceinte et Charles-Daniel la surveille.

Pourtant, les dés roulent. A Versailles, les Etats-Généraux réunis par le Roi ont tourné à son désavantage. Une Assemblée Nationale s’est créée. A Paris, une émeute populaire a pris et détruit la Bastille. La tête de son gouverneur, trophée sanglant, a été promenée dans les rues au bout d’une pique, pas dans la Cour du Commerce heureusement. En quel siècle vit-on ? Toute cette violence … Mais quoi, les hommes disent que c’est un mal nécessaire pour changer en bien les choses. C’est ce que dit François-Victor. A l’atelier, Jacques-Louis David est enthousiaste et veut entraîner son monde dans un ralliement actif à ce qu’il présente comme l’avènement d’une ère nouvelle. Il veut des gestes concrets. Alors, le 7 septembre 1789, vingt-et-une épouses de peintres se rendent en députation à Versailles pour remettre solennellement leurs bijoux sur le bureau de l’Assemblée. Celle-ci décide d’inscrire leurs noms au procès-verbal de la séance. [20] Constance, qui ne voit pas très bien l’utilité de la chose et redoute un peu les manifestations publiques, n’en n’est pas. D’ailleurs, elle n’a pas de bijoux. Elle reste Cour du Commerce.

Que faire ? L’atelier de David est en plein remue-ménage. On y discute plus que l’on y peint. François Gérard a échoué pour le prix de Rome. L’Académie est décidément intraitable. Il se remet à la tâche. Constance regarde avec une admiration teintée d’envie ce jeune homme de 19 ans qui, en dépit de son premier échec, arrive à faire des choses qu’elle ne parvient pas elle-même à réaliser. Mais l’effervescence ambiante la gêne. Dans les rues, c’est l’agitation. Constance ne va presque plus à l’atelier. Elle entreprend paisiblement et à domicile son premier portrait ; celui de sa mère, Marie-Angélique. [21] Un visage rond, comme sa fille. Un sourire serein. Une femme d’intérieur dans une cape confortable et les cheveux recouverts par une de ces parures de l’époque en dentelles et rubans.

Les dés roulent encore. Vu de la Cour du Commerce, tout se mélange. Danton n’est pas souvent là le soir. Il fréquentait depuis un bon moment le club des Cordeliers qui se réunissait alors rue Dauphine. Il vient d’en être élu président. François-Victor raconte : la présence du Roi et de la Reine au banquet du régiment des Flandres appelé à Versailles a été brocardée par la presse parisienne – la fidélité aurait été jurée au Roi et non à la nation, des cocardes tricolores auraient été foulées aux pieds. Danton a appelé les parisiens à prendre les armes. Une affiche en ce sens a été placardée sur les murs. Et les 5 et 6 octobre 1789, une foule guidée par des agitateurs est allée à Versailles, a massacré les gardes et a ramené à Paris la famille royale dont la voiture était encadrée par des porteurs de piques ornées des têtes des gardes. Danton n’y était pas et a été délégué par les Cordeliers pour aller remercier le Roi d’être revenu au milieu de son peuple. Il nage dans toute cette eau trouble. François-Victor explique que ces violences sont regrettables mais que l’Assemblée désormais constituante revient elle aussi à Paris, que de nouvelles institutions vont voir le jour et qu’elles seront plus équilibrées maintenant que les privilèges ont été abolis. Bon. Mais tout cela change si vite que l’on a bien du mal à se faire une opinion. Même Charles-Daniel, libéré de ses fonctions auprès du Comte d’Artois qui a déguerpi dès le 16 juillet 1789, s’est lancé dans l’action et a été élu à la Commune Provisoire autoproclamée de Paris. Il est en quatrième position pour le district de Saint-Honoré, quartier du Palais-Royal, derrière un ancien marchand, un notaire et un ancien procureur du Châtelet. [22] De passage Cour du Commerce, il explique que, de toute évidence, l’ordre ancien de la Monarchie absolue a volé en éclat et qu’à 51 ans il veut participer à ce qui va se mettre en place, tout au moins à Paris, même si l’on ne voit pas très bien encore vers quoi tout cela entraîne. Bon. En attendant, « le professeur dans l’art des accouchements » veille à la venue au monde d’Antoine, deuxième fils des Danton. L’enfant est baptisé le 18 juin 1790 à Saint Sulpice. En sortant de l’église, Antoinette-Gabrielle accroche à la robe de baptême de leur fils une cocarde tricolore et on dit que son père a affirmé que ses premières paroles seraient « Vivre libre ou mourir ». Cet homme fait flèche de tout bois et occupe tout l’espace. Constance et Marie-Angélique sont prises dans le mouvement. Tout se passe si bien Cour du Commerce. Sans que l’on sache très bien d’où Danton tire ses revenus [23] , on ne peut que constater l’amélioration de son train de vie. Antoinette-Gabrielle en est ravie. Les 14 ans de la petite Louise-Sébastienne Gely adorent s’occuper d’Antoine. Les habitués, auxquels se joint de plus en plus fréquemment un ami de François-Victor, Claude-Etienne-François Dupin, rivalisent d’entrain. Et comme Georges-Jacques Danton a quand même des temps libres, Constance entreprend son portrait [24] , tandis que Jacques-Louis David lui-même fait celui d’Antoinette-Gabrielle [25] et que La Neuville fait ceux de Marie-Madeleine Camut, mère de Danton, et de la sœur de celle-ci, Mme Menuel [26] .

Mais Constance est décontenancée. Tout se mêle. A côté du petit monde de la Cour du Commerce où tout va bien, des changements surprenants sont perceptibles. Rien que dans la rue des Cordeliers, l’église Saint-Cosmes-Saint Damien a disparu, transformée en atelier de menuiserie. Le Collège des Prémontrés est supprimé et vendu par lots. Et l’Assemblée a voté un décret supprimant les congrégations régulières. La religion est attaquée de toute part. Les prêtres doivent prêter serment à la Constitution. Cela n’empêche pas les Danton de tirer les rois le 6 janvier 1791, sous les sarcasmes, il est vrai, de Marat passé par là justement ce jour là.

Constance écoute les uns et les autres, tantôt gaie tantôt désemparée. Charles-Daniel n’a pas été élu, le 16 septembre 1790, pour faire partie des 144 notables – c’est le terme alors employé – devant composer le Conseil général de la commune de Paris. Ce qu’il a vu et entendu lui suffit ; il renonce à toute action politique. Danton a échoué aux élections de la nouvelle municipalité et à celles de procureur, de 1er substitut et de 2ème substitut du procureur. Il a bien été élu au Conseil Général mais il a été ensuite écarté par 42 sections sur 48. Il est furieux. Mais, il laisse entendre qu’il est entré au directoire secret des Jacobins et que son influence ne fait que se renforcer. Que comprendre à tous ces jeux politiques ?

Antoinette-Gabrielle se laisse emporter par la force de son époux. Lucile a épousé Camille Desmoulins le 26 décembre 1790. Les deux ménages sont intimes et, en ces premiers mois de l’année 1791, Antoinette-Gabrielle n’en finit pas de raconter aux uns et aux autres comment Georges-Jacques, après avoir fait racheter sa charge par l’Etat, a su placer cet argent dans de la bonne terre à Arcis-sur-Aube. [27] Il s’agit, certes, au moins en partie, de biens d’Eglise vendus comme biens nationaux. Cela ne choque pas  les parents Charpentier, ni Antoine-François, ni François-Victor. Marie-Angélique et Constance, de leur côté, savent que Danton est bien loin d’être le seul à le faire. Même leur frère et oncle Blondelu, le bon chanoine de la cathédrale de Noyon, n’a pas hésité à se porter acquéreur dans cette ville d’une maison provenant de biens d’église [28] . Il n’est pas le seul : Nicolas Blondelu a, lui aussi, acquis des terres du chapitre de Noyon situées à Sermaize, village situé à 5 kilomètres de la ville. Et Louis-Augustin Blondelu a acheté la maison canoniale du 12 rue de Gruny, à deux pas de celle du chanoine. [29] Alors, pourquoi diable – pardon - pourquoi mon Dieu y voir malice ?

Mais Constance a du mal à surnager dans le tourbillon qui l’entoure. Marie-Angélique aussi. Elles  n’ont pas tellement d’a priori politique mais elles aiment les situations plus calmes et plus stables. Constance n’est pas insensible à l’attention que lui porte François-Victor. Il ne l’a pas dit mais penserait-il au mariage ?  Après tout, elle a 24 ans, il sait être charmant et,  disons le, il y a de l’attirance entre eux. Mais il navigue, on ne sait trop comment ni pour quoi faire réellement, dans tout ce tohu-bohu. Il y a matière à hésitation. Alors, il y a des hauts et des bas dans le moral de Constance. Elle fait quand même son portrait, « brave homme à la figure ronde, l’air bon enfant, revêtu d’un gilet rouge et qui écrit à son bureau ». [30] Mais le cœur n’y est pas vraiment car, qu’il s’agisse de celui de Danton ou de celui de François-Victor, ce sont des portraits de complaisance. Ce n’est pas cela qui va la faire connaître du public. Or c’est cela qui la hante et son impuissance du moment pour atteindre ce but l’accable. Bref, Constance est dans une mauvaise passe.

                                                       

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                               Mme Blondelu, née Angélique Debacq, mère de Constance Charpentier.

                                                                        Constance Charpentier (C.P.)

 

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                                 Georges-Jacques Danton – Constance Charpentier (Musée Carnavalet)

 

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                       VIVRE MALGRE LA REVOLUTION

  Les dés roulent toujours. Le 21 juin 1791, la famille royale a tenté de fuir et a été arrêtée à Varennes. Le retour à Paris a été terrible et l’échauffement des esprits s’est encore renforcé. Le Roi est maintenant bel et bien prisonnier aux Tuileries. Beaucoup pensaient à une accalmie, voire à la fin de la Révolution. L’Assemblée rédige une Constitution qui ne met pas fin à la monarchie. Mais, maintenant, les discussions sont orageuses sur le point de savoir ce qu’il faut faire du Roi.

Même Cour du Commerce, les avis sont partagés et on en discute sans trop savoir si on a tous les éléments pour opiner avec pertinence. Constance est excédée et angoissée. Elle ne supporte plus ces tensions. Elle part avec Marie-Angélique pour Noyon. Là aussi, il y a de l’agitation. L’oncle Thomas Gely, lui-même, est entré au conseil municipal. Mais les esprits sont moins échauffés qu’à Paris. L’oncle chanoine a certes refusé, comme beaucoup de prêtres de Noyon, de prêter le serment exigé par le décret du 26 novembre 1790 relatif à la Constitution civile du clergé mais des accommodements locaux permettent encore aux prêtres insermentés de célébrer les offices et aux fidèles d’y assister [31] . Et avec la bonne tante Marie-Anne-Geneviève, on peut encore  vivre des journées paisibles, se promener à l’air pur et se retrouver soi-même.

A Paris, l’Assemblée constituante vote le 15 juillet 1791 un décret qui confirme, peu ou prou, l’inviolabilité royale. Elle ne veut pas de la république. Philippe d’Orléans a renoncé de lui-même à la régence le 26 juin précédent. L’idée d’une régence par son fils, le Comte de Chartres [32] , traine dans les esprits, y compris celui de Georges-Jacques Danton. Mais aux clubs des Jacobins et des Cordeliers, il en va autrement. On veut forcer l’Assemblée à décider la déchéance de Louis XVI. Une commission, dont Danton fait partie, est désignée pour rédiger une pétition exigeant de l’Assemblée qu’elle revienne sur son décret et qu’elle pourvoit au remplacement du Roi. Une épreuve de force s’annonce entre l’Assemblée et la rue. Et c’est le drame du Champ-de-Mars. L’Assemblée, effrayée  par les mouvements de foule, demande à la Commune de maintenir l’ordre public. Au Champ-de-Mars, six mille personnes environ se pressent autour de l’autel de la fête de la Fédération pour signer la pétition. La garde nationale de La Fayette interrompt la signature mais garde son calme après la provocation d’un coup de feu parti d’on ne sait d’où. Mais les troupes envoyées par la Commune, drapeau rouge de la loi martiale en tête, arrivent alors et réagissent à une provocation identique en ouvrant le feu sur la foule. On dénombre environ 50 morts. Danton n’était pas au Champs-de-Mars. Il avait été averti de la possibilité d’une répression, notamment par François-Victor qui est décidément au courant de bien des choses. [33] On fait comprendre au tribun qu’il serait prudent pour lui de prendre un peu le large. Alors, il signe à Antoine-François Charpentier, désormais notaire en titre de son étude, une procuration pour faire tout le nécessaire pour sa famille et file à Fontenay, d’abord, chez ses beaux-parents, puis à Troyes ; il poursuit sur Arcis-sur-Aube. Un décret de prise de corps est pris à son encontre le 4 août 1791. Il passe en Angleterre laissant derrière lui femme et enfant dans une Cour du Commerce désorientée.

Antoinette-Gabrielle, qui est à nouveau enceinte, découvre brusquement que la politique, par ces temps troublés, peut être dangereuse. Elle se met à trembler. Elle tremble avec Lucile car Camille Desmoulins a du, lui aussi, se mettre au vert. François-Victor a une vue peut-être moins épidermique de la situation. Après tout, l’Assemblée a dominé la situation et est restée ferme sur une position que la plupart de ses membres estime sage. Elle arrive en plus au terme de son mandat qu’elle estime avoir bien rempli. En fin de compte la situation de Georges-Jacques Danton n’est peut-être pas aussi dramatique que sa fuite pourrait le suggérer.

Le 18 août 1791, François-Victor écrit à Constance qui, loin des turbulences parisiennes, a retrouvé sa joie de vivre et le lui a fait savoir :

 « Votre lettre a été lue en présence de tous les membres de la société. Toutes les oreilles étaient attentives ; toutes les figures peignaient la satisfaction. Votre style enjoué nous a rassurés sur vos malheurs en faisant disparaître toute idée de danger. Et le récit de tous ces évènements n'a laissé dans notre esprit que le souvenir des grâces du vôtre.

L'intérêt que vous avez bien voulu me marquer pour ma soeur me fait espérer que vous n'apprendrez pas avec indifférence que tous les bruits qui se répandent sur le compte de son mari ne sont que l'ouvrage de ses nombreux ennemis. Ils mettent en usage une calomnie active pour le perdre dans l'opinion publique ; mais tous leurs efforts seront sans succès. Le patriotisme renait avec les Lumières ; et les intrigants seront forcés encore une fois d'aller cacher leur honte dans l'ombre où ils forment leurs complots.

Tout est calme ici ; mais ce calme ressemble à celui qui précède l'orage ; nous ne pourrons compter sur la tranquillité que lorsque la Constitution sera fonctionnée et bien affermie.

Dupin m'a prié de vous présenter ainsi qu'à Made. votre mère, l'hommage de son respect.

Agréez toutes les deux, je vous en supplie, les assurances du mien.

P.S. Si les paquets que vous attendez ne vous sont pas parvenus, lorsque vous recevrez celui ci, chargez moi du soin de les faire retrouver ; je n'épargnerai point ma peine ; et je serai entièrement à vos ordres. 

            F.V. Charpentier ». [34]

Le 26 août 1791, François-Victor récidive :

« La société n'a jamais été aussi exacte à se réunir que depuis votre départ ; il semble que chacun vient y chercher un dédommagement de votre absence ; que tous ont besoin les uns des autres pour la supporter; et que s'ils n'ont pas l'espérance de vous y voir, du moins ils ont celle d'y apprendre de vos nouvelles. Vous êtes souvent l'objet de la conversation ; et nous attendons avec impatience le moment où vous pourrez y prendre part.

L'assemblée nationale a supprimé le privilège exclusif à la faveur duquel MM. de l'Académie de peinture rejetaient du Salon, les chefs d'œuvre des artistes qui n'avaient pas l'honneur d'être académiciens ; et il a été décrété que tous les peintres, sans distinction, auraient le droit de concourir à l'exposition des tableaux au Salon qui sera ouvert, à cet effet le 8.7bre prochain. Ce décret sera le plus beau que nos législateurs ayent rendu jusqu'à ce jour, s'il peut accélérer votre retour.

Dupin m'a bien recommandé de vous engager à faire une provision de petits jeux pour nos soirées d'hiver; pour moi je pense qu'il suffit que vous y apportiez toujours le même esprit et le même enjouement.

Agréez, je vous prie, pour Made. votre mère et pour vous, de la part de Dupin et de la mienne les nouvelles assurances de notre estime et de notre attachement respectueux.

F.V. Charpentier. ». [35]

 Son équilibre rétabli, Constance doit bien reconnaitre qu’elle n'est pas insensible aux avis de ce garçon de trente ans qui ne se cache pas de lui faire une cour aussi assidue que courtoisement exprimée. Elle constate que, le 21 août 1791, l'Assemblée Constituante a bien pris le décret annoncé par François-Victor. Désormais, « Tous les artistes français et étrangers, membres ou non de l'Académie de peinture et de sculpture, seront admis à exposer». Voilà, enfin, la libération attendue. Elle va pouvoir peindre comme elle l’entend et exposer ses tableaux. C’en est fini de l’obstacle de l’Académie. Cela, c’est vraiment bien. Et comme, le 3 septembre 1791, la Constitution est adoptée par l'Assemblée, elle se laisse convaincre que la tranquillité va revenir. Revigorée, rassurée, enthousiaste à l’idée du travail qui l’attend, Constance, toujours accompagnée de sa mère, rentre à Paris et retrouve la Cour du Commerce. L’une et l’autre ne peuvent imaginer que le pire est à venir.

 

                                                                7

                        SURVIVRE SOUS LA TERREUR

 

Les dés n’en finissent pas de rouler dans un fracas de plus en plus assourdissant et les répercutions de l’enchainement des évènements politiques sur le petit monde de la Cour du Commerce pendant les terribles années 1792, 1793 et 1794 sont telles que l’on ne peut pas ne pas en rappeler la trame que Georges-Jacques Danton, le grand homme de ce petit monde, contribue, parfois de façon essentielle, à tisser.

 

Deux naissances et un décès.

Passe l'Assemblée constituante, arrive l'Assemblée législative le 1er octobre 1791. Georges Danton n'a pas réussi à s'y faire élire. Dépité, il part à Arcis-sur-Aube avec Antoinette-Gabrielle, enceinte, et leur fils Antoine. Il y joue le rôle du notable - on parle de ce « bon Monsieur Danton ». Est-ce seulement un rôle ou une part de lui même ? Il fait encore des achats de terres. Dans ces moments-là, Danton est un bourgeois qui s'emploie à faire fructifier les revenus que l'autre part de lui même a acquis de façon peu avouable.

Mais quand on est Danton, on ne peut se satisfaire longtemps d'une retraite à trente deux ans. De retour à Paris début décembre 1791, poussé par ses amis politiques, il est élu second substitut du procureur syndic de la Commune. Ses interventions au club des Jacobins sont aussi tonitruantes que contradictoires. Ainsi, le 12 décembre 1791, il prend position contre l'idée d'une déclaration de guerre aux monarchies européennes coalisées et, le 14 décembre 1791, se rétracte et prend position en faveur d'une guerre dont les terribles conséquences seront, notamment, l'insurrection vendéenne et son cortège d'horreurs [36] . Danton siège désormais à la Commune. Sa stature de tribun lui assure inimitiés et amitiés. Il profite de ces dernières pour en tirer au passage quelques avantages pour lui-même et pour ceux qui lui sont proches. Au début de l’année 1792, il fait entrer François-Victor Charpentier dans les services administratifs de la Commune en qualité d’ « employé de l’agent national de la Commune » et l’huissier-audiencier Marc-Antoine Gely dans les services de la marine vraisemblablement mieux rémunérés. [37]

Le 2 février 1792, Antoinette-Gabrielle met au monde un troisième enfant, un garçon prénommé François-Georges. Baptisé à l'église Saint-André-des-Arts, il est mis en nourrice à l'Isle-Adam avec le premier enfant de Camille et Lucile Desmoulins. Danton est opportuniste et sans scrupules excessifs en politique mais, en privé, il n'est pas sectaire sur le plan religieux.

Le rythme des évènements s'accélère. Passons sur l'affaire des Tuileries du 20 juin 1792 et sur celle du manifeste de Brunswick du 25 juillet 1792 [38] . Arrive le 10 août 1792. Après la nuit fiévreuse du 9 au 10 août au cours de laquelle Antoinette-Gabrielle, sans nouvelle de lui, se ronge les sangs au point de courir se réfugier chez Lucile Desmoulins pendant la journée du 10, Danton rentre chez lui le soir du 10 août. En dépit de la confiance de la Cour - Mme Elisabeth disait encore le 25 juillet: « Nous sommes tranquilles, nous pouvons compter sur Danton » - il n’a rien fait pour empêcher les affrontements. Il estime néanmoins avoir sauvé le Roi à défaut d'avoir sauvé la royauté. En fait, le Roi est suspendu et Danton triomphe. Il est nommé ministre de la justice dans le cadre du Conseil exécutif provisoire dont il est l'homme fort. Le voilà à l'Hôtel de la Chancellerie, place Vendôme.

Antoinette-Gabrielle quitte la Cour du Commerce pour l'Hôtel de Vendôme. Louise-Sébastienne Gely s’occupe d’Antoine. La Cour du Commerce est partagée entre l’horreur des massacres des Tuileries et cette fascination bien classique que suscite la proximité du pouvoir. A dire vrai, l’entourage du tribun est dépassé. Charles-Daniel Gaultier de Claubry, qui surveille le déroulement de la grossesse d’Antoinette-Gabrielle et dont l’épouse met elle-même au monde, le 20 juillet 1792, un garçon prénommé Henri-François, ne cache pas son inquiétude.

La machine infernale est lancée. Les armées coalisées avancent. Le 28 août 1792, la Champagne apparaissant menacée, Danton fait venir sa mère à Paris. Et le 2 septembre 1792, c'est devant l'Assemblée Législative apeurée, le fameux discours : « ... de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace ... ». Danton y gagne une gloire patriotique qui se perpétue encore aujourd'hui et qui est enseignée dans les écoles ; en elle même, elle n'est pas usurpée. Mais, ministre de la justice et homme fort du pouvoir en place, il laisse se perpétrer les monstrueux massacres des 3, 4 et 5 septembre 1792. Il s'en justifiera le 12 septembre 1792 dans un entretien avec Louis Philippe de Chartres, futur Louis Philippe 1er, alors lieutenant général aux armées : « J'ai voulu mettre une rivière de sang entre eux (les jeunes patriotes partis aux armées) et les émigrés ». Terrible aveu. Crime. Danton a du sang sur les mains. Beaucoup de sang.

Antoinette-Gabrielle est terriblement affectée par ces horreurs. Elle rentre Cour du Commerce lorsque son mari quitte ses fonctions ministérielles, le 11 octobre 1792, après avoir été élu député dans la nouvelle assemblée. La Convention, où siège aussi Jacques-Louis David, tient sa première séance le 21 septembre 1792.

Plus rien ne va. La grossesse d'Antoinette-Gabrielle se passe effectivement mal. Georges Danton n’est guère là. Il est ou à la Convention - où il vote la mort du Roi, faute peut être d'avoir réussi à acheter suffisamment de députés avec l'argent de la Cour et où, comme chaque fois qu'une action apaisante ne lui paraît pas possible, il renchérit à l'extrême inverse - ou en mission en Belgique où, loin de rétablir la situation compromise de la France, il a une conduite peu exemplaire. Le 10 février 1793, Antoinette-Gabrielle donne naissance à un enfant mort-né et succombe elle même. La foudre s'abat sur la Cour du Commerce. Danton revient à la hâte.

Dans une courte lettre adressée à Constance, François-Victor Charpentier le décrit alors qu'il vient d'arriver dans l'appartement où il n'y a plus rien car l'enterrement a déjà eu lieu : « Georges est arrivé. Il demande sa chère Gabrielle. Il baise les draps qui l'ont vu mourir. Il n'a de plaisir qu'à contempler l'esquisse que vous avez tracée. Il y cherche ses traits, il les trouve. Je lui parle mais il ne répond pas. Si vous voulez le sauver, si vous voulez sauver ma famille, rappelez vous les traits de ma soeur adorée, crayonnez les, ne vous occupez que d'elle. Nous le vous demandons tous instamment. Nous vous payerons d'une reconnaissance éternelle, et d'un attachement le plus tendre. Des coeurs tels que les nôtres ne sauraient trop payer un tel bienfait.

V. F. Charpentier » [39]

Le désarroi de Danton est réel. La suite est connue. Il va, de nuit, au cimetière Sainte Catherine accompagné du sculpteur Deseine, sourd et muet, et fait déterrer Antoinette-Gabrielle. Le cercueil est ouvert et un moulage effectué sur le visage de la défunte. Le sculpteur en tirera un buste [40] qui sera exposé, au prix d'un scandale vite étouffé, au salon de 1793. C'est cela Danton. L'excès en tout et on passe à autre chose.

 

Un mariage.

Le désarroi de la famille Charpentier est tout aussi réel.

Dans une autre lettre adressée à Constance, François-Victor s'en fait l'écho et en profite un peu pour accentuer sa cour : « Ma pauvre soeur n'est plus. Ma mère n'a plus d'amie, mon père n'a plus de fille. Ce n'est que peines et gémissements dans ma famille. Elle n'est plus ma chère Gabriel (sic), elle a emporté avec elle nos regrets, notre bonheur ... Je ne pourrai pas diner avec vous. Si vous avez compassion de notre malheur, vous viendrez voir ma mère disposée à verser sur vous toute sa tendresse pour ma soeur. Ma mère m'a dit en pleurant qu'elle était sensible aux marques d'affection que vous aviez données sur la position de sa chère Gabriel (sic). Elle vous verra avec attendrissement. Venez donc faire couler et essuyer ses larmes. Adieu. Je vous aimerai toute la vie.

V.F. Charpentier » [41] .

Voilà la question du mariage clairement posée.

Constance en a parlé à sa mère, bien sûr, à ses oncles et tantes de Noyon, à des amies. Les réactions n'ont pas été enthousiastes. « Vous êtes assez raisonnable pour sentir de vous même les inconvénients d'un tel mariage, » fait valoir son oncle prêtre qui fait miroiter la possibilité d'un « parti plus avantageux ». Certes, on reconnait à François-Victor une « figure intéressante » et du « charme dans les yeux », mais c'est pour recommander à Constance  « qu'il faudra tôt ou tard, et le plus tôt sera le mieux, se séparer de ces yeux si vifs et si tendres, de cette figure si séduisante, ne plus entendre le son de sa voix, ni ses douces et intéressantes paroles, oublier s'il est possible jusqu'à ce sourire charmant qui découvre deux rangs de perles admirables ». On cherche à instiller le doute : « Sans doute il a une fort belle figure, de très belles dents, de beaux yeux ...beaucoup d'esprit, de gaieté, de vivacité, d'instruction même. C'est un personnage accompli ... C'est un homme infiniment aimable. Mais que connaissons nous de sa moralité, de ses mœurs passées et présentes et qui nous assurera de son avenir... ». Bref et en substance : l'amour c'est très bien mais, surtout par les temps qui courent, un mariage c'est autrement sérieux [42] .

Constance hésite depuis un bon moment. Elle en était venue aux expédients en demandant des délais, six mois d'abord, plusieurs fois quinze jours ensuite. Le drame du décès d'Antoinette-Gabrielle emporte sa décision. Dans une lettre qui peut être datée du 20 avril 1793, adressée à son oncle prêtre dont elle veut obtenir l'agrément, elle s'explique fermement en s'étonnant d'abord que son oncle Thomas Gely demande au nom de la famille un délai       « jusqu'à ce que la république soit établie sur des fondements inébranlables; alors on pèsera le commodo et l' incommodo, on fera des informations.». C'est non seulement renvoyer le projet aux calendes grecques mais le placer sous bénéfice d'un inventaire que l'on devine peu favorable par principe. La réponse est claire : « Quel que peu instruite que je sois en politique, il me semble pouvoir juger qu'un gouvernement tel que le nôtre se ressentira longtemps des secousses qu'il a éprouvé. J'ai pu espérer comme une autre, que les choses prendraient un caractère de stabilité en peu de temps. Je suis revenue sur cette erreur, et quelqu'espoir que l'on me donne présentement d'une prochaine tranquillité je ne puis y croire. Mon opinion est qu'il faut s'armer de courage pour être calme au milieu des troubles et savoir se soumettre à tous les évènements». Cette appréciation faite en avril 1793 est pour le moins lucide.

            Constance rappelle ensuite les délais auxquels elle a consentis et ajoute : « Enfin au commencement de février Mr. Charpentier eut le malheur de perdre sa soeur ; sa mort édifiante, la douleur de sa famille que je partageais bien sincèrement, celle de sa mère surtout, m'attendrit au point que je promis formellement de la remplacer et de mettre tous mes soins à réparer cette perte ; elle en fut touchée, me montra la plus grande tendresse en peu de tems. On me demanda que le jour soit fixé à la semaine d'après celle de Pâques. Maman y consentit et je n'en parus pas éloignée. ... On me rappelle ma parole. Mr Charpentier me sollicite pour que je la tienne. Que répondre? Son appartement est loué, les meubles, les hardes, les présents sont achetés ... Tout continue dans l'espoir d'une réponse favorable. Le tems semble long lorsque l'on attend ....». Elle fait valoir que MM. Blanvin et Bignot ont même envisagé d’aller à Noyon avec François-Victor, preuve que la partie parisienne de la famille est en faveur du mariage. Enfin, elle expose les avantages prévus par les Charpentier dans le contrat de mariage dont la signature est prévue « samedi prochain » et conclut que son oncle mettrait un comble à son bonheur en venant à Paris : « c'est à quoi je voudrais engager tous mes oncles et tantes ... qu'ils n'oublient point qu'ils ont une nièce qui les aime bien tendrement, elle se flatte d'avoir toujours leur tendresse. Persuadez les bien, mon cher Oncle, que je suis toujours la même et que rien ne saurait changer les respectueux sentiments avec lesquels j'ai l'honneur, mon cher Oncle, d'être votre très humble très obéissante servante. »  [43]

Bref, Constance passe outre aux réticences familiales avec les formes de cette époque. A plus de deux siècles de distance, le plus surprenant, peut être, dans ces échanges épistolaires sur un mariage voulu par l'intéressée et regardé défavorablement par sa famille, est l'absence de références précises aux évènements qui secouent la France et à la part qu'y prend son futur beau frère. Les massacres de septembre 1792 datent de moins d'un an, la guerre est engagée et le Roi a été guillotiné le 21 janvier 1793, il y a à peine trois mois. Pourtant, les arguments invoqués par la famille et les amis ne sont guère différents de ceux qui se rencontraient il n'y a pas encore si longtemps dans bien des familles et qui peuvent même encore se rencontrer aujourd'hui. On aurait pu s'attendre à en voir soulevés d'autres plus liés aux circonstances politiques. Ce n'est pas le cas. Il est vrai que les pratiques de l'époque devaient engager à la discrétion dans des lettres dont on n'était peut être pas sûr qu'elles ne soient lues que par leur destinataire.

Quoiqu'il en soit, le contrat de mariage de Constance-Marie Blondelu et de François- Victor Charpentier est signé le 25 avril 1793 devant deux notaires. Sont présents : François-Jérôme Charpentier et son épouse Angélique-Octavie Soldini stipulant en leur nom et pour leur fils François-Victor, Marie-Angélique Debacq, veuve de Pierre-Alexandre-Hyacinthe Blondelu, stipulant en son nom et pour sa fille Constance-Marie, Thomas Gely, oncle, résidant à Noyon, présent à Paris ce jour et agissant également pour son épouse Marie-Anne Blondelu, et enfin, Georges-Jacques Danton.

On le voit, l'oncle Gely, celui-là même qui peu de temps auparavant conseillait d'attendre que la tranquillité générale revienne, s'est laissé convaincre. La famille a renoncé à ses objections et il a cosigné l'acte avec le tribun.

François-Victor apporte 7 000 livres en deniers et affaires. Les parents Charpentier 10 000 livres payées comptant (quinze jours auparavant, François Jérôme Charpentier avait vendu pour 15 000 F sa maison de Fontenay). Constance 10 800 livres en terres agricoles, 3 125 livres de rente sur l'État et 1 500 livres en deniers et affaires. Constance se reconnait débitrice envers sa mère d'une somme de 6 000 livres pour solde de tout compte, en l'absence d'inventaire dressé au décès de son père, somme constitutive d'une rente perpétuelle de 300 livres à verser à compter de la célébration du mariage.

Deux actes distincts, passés devant les mêmes notaires et le même jour, assurent, pour l'un, une rente de 210 livres à Constance qui lui seront versées tous les six mois par Antoine Charpentier [44] auquel elle remet une somme de 5 250 livres en assignats et, pour l'autre, une rente de 126 livres à Marie Angélique Debacq qui lui seront versées tous les six mois également par Antoine Charpentier auquel cette dernière remet une somme de 3 550 livres.

Certaines estimations actuelles évaluent la livre sous la Révolution à 1,40 €. Leurs auteurs montrent eux mêmes toute la difficulté, assez évidente, de ce genre de conversion. Elle n'est donnée ici que pour se faire une idée approximative du montant des sommes citées. On le voit, sur la base de cette conversion, le nouveau ménage Charpentier, sans être totalement démuni, ne roule pas sur l'or.

L'appartement loué par François-Victor est ce qu'on appellerait aujourd'hui un duplex, aux troisième et quatrième étages d'un immeuble situé au n° 17 de la rue du Théâtre français. Cet immeuble deviendra en 1806 le n° 35 de la rue de l'Odéon (aujourd'hui n°21). Il s'agit du bâtiment se trouvant juste en face du théâtre du même nom. Au quatrième étage, une cuisine, une chambre et un grenier. Au troisième, un salon, une chambre à coucher et quatre pièces de tailles diverses donnant sur cour. Pour l'époque, c'est donner dans la modernité. La rue du Théâtre français est la première de Paris à avoir bénéficié de caniveaux latéraux et de trottoirs [45] . Et l'appartement est assez grand pour accueillir, en plus du ménage, la mère de Constance et – disons - une bonne qui loge dans la chambre du quatrième étage. Ce n’est pas loin de la Cour du Commerce. C’est tout proche de l’immeuble habité par Camille et Lucile Desmoulins. Les liens entre les uns et les autres ne se relâchent pas.

 

Un autre mariage.

Revenons Cour du Commerce.

Georges-Jacques Danton se retrouve seul avec ses deux fils, Antoine et François-Georges, âgés respectivement de trois ans et un an. Il n'est pas homme à se laisser arrêter par ces circonstances. Dès le début du mois de mars 1793, il repart en mission en Belgique. Le 22 février précédent, un conseil de famille l'a nommé tuteur de ses enfants mineurs. François- Jérôme Charpentier est subrogé tuteur. L'inventaire a débuté le 25 février. Antoine Charpentier a reçu de Danton une subrogation totale pour s'en occuper. L'inventaire dure jusqu'au 15 avril 1793. Dès le décès d'Antoinette Gabrielle, les grands parents Charpentier ont recueilli les deux enfants.

Revenu à Paris, Georges Danton adhère le 10 mars 1793 au principe de la Terreur et vote pour la création du Tribunal révolutionnaire qui, sans appel ni sanction, doit connaître de « toute entreprise contre révolutionnaire, de tout attentat contre la liberté, l'égalité,  l'indivisibilité de la République, la sûreté intérieure et extérieure de l'État et tous les complots tendant à rétablir la royauté ». On connait les terrifiants résultats de cette juridiction d'exception. Danton a la responsabilité d'avoir contribué à sa mise en place. Le 6 avril 1793, il est élu au Comité de salut public. Mais sa solitude Cour du Commerce lui pèse et les grands-parents Charpentier ne peuvent supporter indéfiniment la charge des deux enfants. Or, on le sait, Louise- Sébastienne Gely adore s'en occuper. Elle court sur ses dix sept ans et elle est tellement mignonne. Alors Danton se fait brusquement discret au Comité de salut public. Il y brille même par son absence. Il fait la conquête de Louise-Sébastienne.

Et le 12 juin 1793, un contrat de mariage est signé devant Antoine Charpentier, notaire, entre Georges-Jacques Danton, d’une part, et Marc-Antoine Gely et son épouse, Marie Jeanne Léger Revel, d’autre part, stipulant pour leur fille mineure, Sébastienne-Louise Gely. Sont présents : la mère du marié, Jeanne-Madeleine Camut, sa tante, Marie-Geneviève Camut, et sa soeur, Anne-Madeleine Danton, les deux soeurs de la mariée, Marie-Antoinette et Marie- Jeanne Gely, un ami du marié et, enfin, François-Victor et Constance-Marie Charpentier. On le voit, ce n'est plus la nombreuse assistance du mariage de 1787. Les temps sont changés.

Apparemment, Noyon n'a pas eu son mot à dire et n'a pas été convié. Mais le cas était différent de celui de Constance. Les parents de Sébastienne-Louise étaient là et avaient seuls la responsabilité de leur fille. Il serait sûrement excessif de penser, comme cela a été dit parfois, que Danton a acheté sa seconde épouse. Sa personnalité est trop complexe pour être tout entière réduite au cynisme. Certes, ce mariage résout des problèmes pratiques, notamment l'entretien de ses enfants. Il comble aussi, joliment, son besoin de femme. Les dispositions du contrat de mariage, toutes à l'avantage de sa future épouse, ont pu faire penser à un monnayage de chair fraîche auquel Marc-Antoine Gely, obligé de Danton, ne pouvait s'opposer, comme François-Victor Charpentier, également son obligé, ne pouvait pas ne pas être présent. En réalité, les choses ne sont pas aussi simples. Capable du meilleur comme du pire, Danton a toujours eu, on l'a déjà vu, un jardin particulier qu'il entendait préserver et où il faisait preuve de réelles qualités de cœur. Antoinette-Gabrielle disparue, il a manifestement voulu recréer les conditions d'une vie privée qui lui manquait. Fût-ce en admettant de se plier à l'exigence par sa future belle-famille d'un mariage religieux béni par un prêtre non assermenté. Ces circonstances sont connues. Le mariage religieux est célébré dans une mansarde par l'abbé de Keravenant, ancien vicaire de Saint Sulpice, non jureur, emprisonné aux Carmes et échappé par on ne sait quel miracle aux massacres de septembre 1792, après que Danton se fut confessé à cet abbé réfractaire. Bien sûr, Danton ne s'en est pas vanté et le mariage officiel a eu lieu ensuite à l'Hôtel de Ville. Mais il l'a fait. Pur cynisme ? Louise- Sébastienne valait bien ce prix, comme un autre, en son temps, avait dit que Paris valait bien une messe ? Ou, encore une fois, autre part de sa personnalité broussailleuse ? Allez savoir.

En cautionnant le mariage, François-Victor et Constance Charpentier sont restés fidèles à l'homme, aux Gely et au petit monde de la Cour du Commerce.

Non réélu au Comité de salut public le 10 juillet 1793, attaqué sur sa gestion de divers deniers publics, Danton prend position clairement le 13 août 1793 en faveur de l'instruction publique gratuite et impérative : « Après le pain, l'éducation est le premier besoin du peuple ». Du bon Danton qui justifie la mémoire que le pays lui conserve sur ce point. Mais il ne s'oppose pas, ou ne peut s'opposer, au vote de la terrible loi contre les suspects du 17 septembre 1793. Le vent commence alors à mal tourner pour lui. Il le sent et se met en congé de la Convention le 12 octobre 1793. Il part à Arcis-sur-Aube avec femme et enfants. Il reprend son rôle de « bon notable » et acquiert plusieurs parcelles de terres. Il ne rentre à Paris que le 19 novembre 1793, alerté par ses amis politiques sur les risques qu'il court désormais. Le « Il n'oserait », lancé par lui en parlant de Robespierre, est connu. Danton rentre pour affronter le conflit entre les « Indulgents » auxquels il est désormais assimilé et les « Exagérés» dont on connaît les noms et qui se déchainent.

 

Une naissance.

Début 1794, la guerre est aux frontières, la guerre civile fait rage en Vendée où les colonnes infernales de Turreau font leur sinistre travail, la Terreur est d’actualité et Constance voit arriver avec inquiétude le terme de sa grossesse. Elle aimerait avoir auprès d’elle le « professeur dans l’art des accouchements », l’ami qui a suivi les grossesses d’Antoinette-Gabrielle et dont elle a fait le portrait quand elle a commencé à s’alourdir [46] . Mais Charles-Daniel Gaultier de Claubry a fait, pour un motif obscur, l’objet d’une dénonciation au Comité révolutionnaire. Il a été arrêté. [47] A cette époque, cela signifiait malheureusement bien souvent une issue fatale sous le « rasoir national ». Alors, François-Victor et Constance font appel à Georges Danton. On sait bien qu’il commence à se trouver dans une situation politique délicate mais son influence est encore grande. On lui demande instamment d’intervenir et il le fait.  Charles-Daniel est libéré. Constance accouche d’une petite fille prénommée Julie-Constance. [48] Le « professeur dans l’art des accouchements », quant à lui, prend le large, ainsi que tous ses amis, Georges Danton compris, le lui recommandent. Il part à Blois avec femme et enfants mettre un peu de distance et d’oubli entre lui et les « exagérés » parisiens.

François-Victor, Constance et Marie-Angélique restent Cour du Commerce avec la petite Julie-Constance. Que faire d’autre alors qu’à Noyon les turbulences révolutionnaires battent aussi leur plein ? Jean-François Blondelu, l’oncle chanoine, après avoir refusé de prêter le serment civique, a finalement consenti à prêter le serment de Liberté-Egalité et à rester en marge du nouveau clergé élu, position minimale pour ne pas être inquiété. La cathédrale a été saccagée sur ordre du Conseil du département de l’Oise du 3 octobre 1793 [49] . Décapiter les statues et marteler le patrimoine religieux datant de plusieurs siècles sont une façon pour certains de faire avancer le progrès. Thomas Gely et deux autres officiers municipaux ont été destitués, au début du mois d’août 1793, lors du passage à Noyon de Collot d’Herbois et d’Isoré venus serrer les boutons révolutionnaires. Le ménage Gely s’en est tiré en donnant des gages aux délires du moment : leur jeune et mignonne Euphrosine-Marie-Anne, âgée de 16 ans, a incarné le 20 novembre 1793 la déesse Raison dans une cérémonie républicaine qui l’a amenée, sur un brancard porté par quatre hommes, à la « cy-devant » cathédrale où de longs discours ont été prononcés pendant près de trois heures [50] . On plaint la pauvre déesse. A Noyon aussi il faut, d’abord, survivre. Comme le disait Constance, on l’a vu, en avril 1793 : « Il faut s’armer de courage pour être calme au milieu des troubles et savoir se soumettre à tous les évènements ». Bref, pour le moment, chacun chez soi et advienne que pourra.

 

Des décès. La grande peur et le soulagement.

Pour Georges-Jacques Danton, la suite est connue. C'est l'Histoire. La mise en accusation et l'arrestation le 31 mars 1794 après les terribles réquisitoires de Saint Just et de Robespierre à la Convention, puis le procès grotesque [51] et l'exécution le 5 avril 1794 après celle de Camille Desmoulins et de ses autres amis politiques. Huit jours plus tard, le 13 avril 1794, c'est au tour de Lucile Desmoulins d'être arrêtée et exécutée au motif qu'elle aurait tenté de sauver son mari. Lucile, l'amie de coeur d'Antoinette-Gabrielle, la mère d'un bébé de quelques mois. La fidèle de la Cour du Commerce qui habite à quelques maisons de Constance ... Folie absurde.

Il n'est guère difficile d'imaginer la peur qui règne alors Cour du Commerce et chez François-Victor et Constance. Etre si proche des guillotinés peut laisser entrevoir le pire. Une dénonciation suffit. Une connivence politique supposée peut envoyer directement à l'échafaud. On l’a bien vu avec Lucile. Bien sûr, Constance a été l'élève de David. David qui est membre de la Convention, qui est enragé parmi les enragés, qui a été l'ordonnateur des grands spectacles révolutionnaires (fête de la Liberté du 15 avril 1792, funérailles de Le Pelletier de Saint-Fargeau du 24 janvier 1793, fête de la Fraternité du 10 août 1793), qui a dépensé toutes ses forces et son talent à l'illustration de la Révolution (Le Serment du Jeu de Paume, Marat assassiné, La mort héroïque du jeune Barra), David enfin qui a été élu le 14 septembre 1793 au Comité de sûreté générale et qui vient de présider la Convention pendant tout le mois de janvier 1794. Mais ces ardeurs révolutionnaires ne sont guère dans le goût de Constance qui ne fréquente plus son atelier. Une éventuelle protection par Jacques Louis David est bien aléatoire. Il ne reste plus, pour François-Victor et Constance, qui vient de mettre au monde son premier enfant et qui n’arrive plus à peindre, qu'à trembler et à redouter l’ébranlement de leur porte sous les coups de poings des sans-culottes, prélude à l’arrestation et à l’antichambre de la mort. Les semaines passent dans l’angoisse. Mais rien ne se produit. 

Moins de quatre mois plus tard, c'est le fameux 9 thermidor (27 juillet 1794). Le 28 juillet 1794, montent à l'échafaud, après Robespierre et Saint Just, neuf membres de la Commune. Le lendemain, soixante-dix personnes sont exécutées, essentiellement des membres de la Commune. L'agent national, Claude-François Payan, a fait partie de la première fournée. François-Victor Charpentier, « employé de l'agent national de la Commune», n’est pas inquiété. Peut-être ses fonctions étaient-elles seulement techniques, comme on dirait aujourd'hui, ou était-il suffisamment discret, ou encore s’était-il gardé d’afficher des positions politiques. Il n'empêche, il ne pouvait qu'avoir la peur au ventre en voyant une grande partie de ceux qu'il avait côtoyés passer sous le couperet.

Fort heureusement, la folie meurtrière les a négligés. Le pire est donc passé. Comme toute la France, on respire rue du Théâtre français, quai de l'École, et Cour du Commerce. Maintenant, il faut gérer la situation.

Louise-Sébastienne part – provisoirement - à Arcis-sur-Aube, chez sa belle mère. Un conseil de famille est réuni le 10 juillet 1794. II comprend François-Jérôme Charpentier, Antoine-François Charpentier, Victor-François Charpentier, Marc-Antoine Gely, Charles-François Bourjot, Jean Regnault et Jean-Louis Paschal Maulu, limonadier qui habite quai de l'École [52] , ami des Charpentier. On le voit, le petit monde de la Cour du Commerce et du quai de l'École serre les rangs. François-Jérôme Charpentier est nommé tuteur des enfants de Danton et François-Victor Charpentier, subrogé tuteur. François-Jérôme Charpentier et son épouse s'acquitteront avec conscience et efficacité de la tutelle des malheureux enfants qui viennent en l'espace de quatorze mois de perdre leur mère et leur père. Le tuteur réussira en particulier à récupérer la quasi-totalité des biens de leur père confisqués d'office par l'État en raison de sa condamnation. Telle était alors la loi. Le 9 thermidor permit heureusement des arrangements plus humains.

 

Constance, quant à elle, dans les moments que lui laisse sa petite Julie-Constance, peut se remettre sérieusement à la peinture ... Enfin.


 

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                                                                                                                                                                                                                                        DSC00182.JPG

                                                     Rue du Théâtre Français devenue rue de l’Odéon à partir de 1806

 

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                  Immeuble du 17 rue du Théâtre Français, devenu 35 rue de l’Odéon en 1806, aujourd’hui 21                                    rue de l’Odéon, où Constance Charpentier habita de 1793 à 1826.


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                        Charles  Daniel Gaultier de Claubry – Constance Charpentier – (C.P.)

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 PREMIERS SALONS. PREMIER ENCOURAGEMENT

 

Les dernières conséquences de la période terrible arrivent à leur terme.

Jacques-Louis David, robespierriste jusqu'au bout, a divorcé le 16 mars 1794, son épouse ne supportant ni ses excès ni ceux du mouvement auquel il participait. Arrêté le 2 août 1794, transféré en septembre à la prison du Luxembourg, il est libéré le 28 décembre 1794. Son exceptionnel talent de peintre lui a permis d'éviter d'être envoyé à l'échafaud. La fidélité de son ex-épouse et l'isolement de la prison ont porté leurs fruits. La joie des retrouvailles le 31 décembre 1794, le sentiment d'avoir échappé au pire et la dissipation de l'excitation malsaine de la Convention sous la Grande Terreur lui redonnent le goût de vivre. Il épouse à nouveau la mère de ses enfants. Arrêté une fois encore le 28 mai 1795, il est définitivement amnistié le 26 octobre suivant et retrouve, au Louvre, son appartement et son atelier pour se consacrer entièrement à la peinture.

François Gérard, confronté à des difficultés personnelles à la suite du décès de son père en 1790, a été aidé par David qui l'a même fait nommer juré au Tribunal révolutionnaire créé le 10 mars 1793. II n'est pas glorieux d'accepter de participer à cette parodie de justice expéditive ; même s'il faut bien avoir de quoi vivre, toute compromission n'est pas bonne à prendre. Le jeune peintre, qui a alors vingt trois ans, n'en continue pas moins à peindre et reçoit un prix dans le concours du 10 août 1794. Arrêté après le 9 thermidor, il est rapidement acquitté et, lui aussi, se consacre entièrement et définitivement à son art.

Louis Laffitte a, pour sa part, choisi de quitter la France en 1793 pour mettre à l'abri ses vingt trois ans à Florence, peu soucieux d'être exposé, fût ce en spectateur involontaire, aux convulsions de la Cour du Commerce où, on l'a vu, habite son premier maître, Jean-Baptiste Regnault. Il revient à Paris en 1796 [53] .

Pierre Bouillon, enfin, qui n'a que dix huit ans en 1794, est élève à l'école des beaux-arts où il fréquente l'atelier de Nicolas-André Monsiau. Son heure est encore à venir.

Au n° 17 de la rue du Théâtre Français, Constance Charpentier vit paisiblement en ce début de l'année 1795. François-Victor fait son chemin dans l'administration qui va devenir celle du département de la Seine où il finira chef de division. La petite Julie-Constance commence à babiller. Sa mère n'a plus d'atelier reconnu, ni de maître, ni encore de condisciple avec lequel confronter ses impressions, ses espoirs ou ses intuitions artistiques. Mais, à 28 ans, elle n'entend pas laisser passer sa chance. Tout artiste peut maintenant exposer au Salon, seule voie permettant de se faire connaître du public et, qui sait, d'atteindre à la notoriété. Constance, on l'a dit, est ambitieuse et sûre de son talent.

Elle propose trois tableaux au Salon qui ouvre ses portes le 2 octobre 1795 : sous le n° 82 « La petite friande » et, sous le n° 83, deux portraits, l'un d'homme, l'autre de femme [54] . Il n'y a malheureusement aucune trace connue aujourd'hui de ces trois tableaux. La « petite friande » était-elle une évocation de sa petite fille d'un an ? Ce serait bien dans le goût intimiste de Constance. « La petite friande » apparait encore dans l'inventaire après le décès de François-Victor mais il n'est pas parvenu jusqu'à nous. Quoiqu'il en soit, en exposant pour la première fois, Constance n'est plus l'élève qui essaie de recueillir l'approbation de maîtres intransigeants. Elle fait acte d'indépendance et manifeste sa volonté d'exister par elle même.

Pour autant, sa solitude artistique ne dure pas. Comment aurait elle répugné à rejoindre l'atelier de David où, dès le mois de novembre 1795, se rassemble tout ce que Paris compte de jeunes artistes ? [55] Le maître s'est mis à l'immense ouvrage des « Sabines », mais ses portraits du couple Seriziat, exposés au Salon de 1795, ont reçu le meilleur accueil d'un public plus sensible désormais aux images d'une bourgeoisie tranquille qu'aux grandes compositions illustrant les vertus des anciens. C'est cette voie que Constance veut suivre et qu'elle emprunte résolument, comme le fait François Gérard après avoir encore sacrifié à l'antique avec le        « Bélisaire » exposé au Salon de 1795 et le « Psyché et l'amour » exposé à celui de 1797. Constance fait rapidement et naturellement partie de ce milieu de la peinture où l'on se connait, se surveille, s'apprécie où se hait, s'admire ou se jalouse, ce milieu qui explose littéralement. Pas moins de 252 artistes envoient 529 tableaux au Salon de 1796 ! [56] Elle se sent plus proche de Gérard que du flamboyant David ébloui par Bonaparte, ou de son jeune et brillant confrère Pierre Bouillon, qui décroche en 1797 le prix de Rome à 21 ans, en commun avec Bouchet et Guérin (toujours un antique : « La mort de Caton d'Utique »), et qui habite désormais lui aussi rue du Théâtre Français.

 « Le compte-rendu sur l’anse du panier » [57] , peint par Constance à cette époque et – merveille ! – signé et daté par elle (Constance Charpentier – An IV), porte la marque de l’influence de l’atelier de David par les tons vifs employés tout en reflétant sa propre préférence de s’en tenir aux scènes d’intérieur. C’est un tableau essentiellement féminin par son objet.

                Et lorsque, comme c’est le cas pour cette oeuvre, elle réapparait après des décennies, cet objet est peu ou mal compris. [58] De quoi s’agit-il ? D’une scène de la vie la plus courante qui soit et que toute « maîtresse de maison » pouvait aisément comprendre à l’époque. Pour celle qui disposait d’une servante, aller se procurer le nécessaire pour les repas était l’une des premières corvées de la vie de tous les jours dont elle se déchargeait sur la « bonne ». Elle lui confiait donc de l’argent à cette fin. Et il pouvait arriver – car la tentation était grande – que celle-ci achète moins de victuailles que la somme d’argent qui lui avait été confiée le permettait et qu’elle conserve pour elle la différence. Cela s’appelait « faire danser l’anse du panier ». Le tableau de Constance a donc toute sa signification : la maîtresse de maison interroge, avec un air de reproche, sa servante sur l’utilisation qu’elle a faite de la somme qu’elle lui avait confiée au regard de ce qu’il y a effectivement dans son panier. A la fin du XX° siècle, cette scène de la vie bourgeoise est oubliée par la plupart. Alors, on désigne ce tableau par « La servante réprimandée », ce qui n’est pas forcément faux mais ne rend pas compte de la raison de la réprimande, ou par « L’anse du panier » ce qui n’éclaire guère le spectateur qui met un moment à découvrir le panier suspendu au bras de la servante. Ainsi va la vie des tableaux.  

 

Constance expose cinq tableaux au Salon de 1798 : un portrait en pied du citoyen F***, ex représentant du peuple au Conseil des Anciens (n°79), un portrait d'une femme et de son enfant (n°80), un portrait d'une femme peintre (n°81), un portrait d'homme (n°93) et un portrait de l'auteur (n°82). Si l'on a perdu la trace des quatre premiers, le dernier a été fort heureusement retrouvé et publié [59] . Ce beau pastel ovale nous révèle que Constance était, à trente ans, une jeune femme souriante, au visage rond avec un nez un peu fort, des yeux foncés, une bouche bien dessinée et une abondante chevelure auburn. Heureuse révolution artistique éclose dans la deuxième partie du XVIII° siècle et à l’origine de laquelle on trouve principalement Elisabeth Vigée-Lebrun et Adélaïde Labille-Guiard [60] , qui, en amenant les femmes peintres à faire d'elles mêmes l'objet de leurs tableaux, nous permettent aujourd'hui de mieux les connaître.

 

Constance est lancée. Un an plus tard, au Salon de 1799, elle présente et expose six tableaux : deux tableaux faisant pendant: la veuve d'une année - la veuve d'une journée (n°708) ; un portrait de l'auteur et de sa fille (n° 709) ; deux portraits de femmes (n°710) ; un portrait de femme (n°711).

La « Veuve d'une journée » et la « Veuve d'une année »  avaient été fort endommagé pour s'être trouvés en Algérie dans une maison familiale qui avait été environnée de flammes. Restaurés, ils ont presque retrouvé leur fraîcheur première. Mais leur thème a été jugé probablement peu compréhensible à la fin du XXème siècle ou trop peu attrayant pour le public des salles de prisée : la « Veuve d'une journée » est devenue « Le souper » et la            « Veuve d'une année » a été rebaptisée « Les apprêts de la toilette » [61] . Ils ont été, de surcroît et finalement, vendus séparément. Les circonstances ont fait ainsi une double offense à la mémoire de leur auteur. Ces deux tableaux sont inséparables et incompréhensibles s'ils sont disjoints. Ils sont, en effet et d'abord, le reflet d'une époque : celle des guerres commencées en 1792 et qui ne s'arrêtèrent que plus de vingt ans plus tard. Les jeunes hommes tués aux combats et les deuils familiaux qui en résultaient étaient alors des choses malheureusement fréquentes. Le public ne pouvait que comprendre immédiatement le sujet de cette scène de genre. Mais ils sont surtout, à condition de ne pas les séparer, une critique malicieuse du comportement féminin. Dans la  « Veuve d'une journée », il y a certes un souper. Mais ce qui compte c'est la désolation de l'épouse qui, malgré l'invite de sa servante éplorée, ne peut y toucher ; elle est toute au chagrin de la perte de l'homme aimé dont elle contemple en pleurs le buste situé sur la cheminée au pied de laquelle sont posées les armes qui lui appartenaient et qui ont été rapportées par quelque émissaire compatissant. Dans la « Veuve d'une année », le temps a passé, il faut bien vivre et le sourire est revenu sur le visage de la veuve dont la même servante parachève la robe avec un contentement complice : il y a du bal dans l'air. Le buste du défunt est toujours là mais il est relégué au fond de la pièce. Autrement dit : vos jeux dangereux, Messieurs, nous désolent mais dites vous bien que si vous y restez et que vous nous laissez seules, nous saurons nous consoler.

L’idée originelle de Constance, révélée par deux dessins préparatoires [62] , était sensiblement différente. La femme éplorée, sans que l’on en saisisse bien les raisons, semble repousser les consolations d’un jeune homme, tandis que, dans le tableau suivant, revigorée, elle ne parait pas insensible au discours d’un homme plus que mûr. L’argument est ambigu. Celui finalement retenu est, comme on vient de le dire, plus clair et bien adapté à son temps.

Personne ne s’y est trompé. Et les artistes réunis en commission sur instigation du ministre de l’intérieur pour décider des exposants qui méritaient une reconnaissance particulière ont attribué à Constance Charpentier, pour ces deux tableaux, un prix d’encouragement de Vème classe [63] . Ce n’est que la dernière des cinq classes de prix, mais – on ne va pas faire la fine bouche – c’est une reconnaissance publique de la qualité de la peinture et de l’opportunité du sujet auquel le public était sensible. Voilà Constance confortée pour la première fois dans ses efforts.

Dans la même classe de récompenses on voit apparaître Marie-Denise Villers pour un tableau intitulé « Femme peignant ». On aura l’occasion de retrouver cette peintre, contemporaine de Constance, à propos du Salon de 1801.

   

Pour Constance, à l’évidence, le « Portrait de l'auteur et de sa fille » a été réalisé pour être un souvenir familial. Et si le livret du Salon de 1799 porte cette mention, c'est tout aussi évidemment sur les indications de Constance Charpentier elle même. La mignonne petite fille à la robe blanche et aux boucles blondes est donc la petite Julie-Constance qui, en 1798, époque à laquelle le tableau a été réalisé, est âgée de quatre ans. Il a été conservé dans la famille du peintre jusqu’en 1990. [64] C’est la seule représentation existante de la première fille de Constance Charpentier appelée à disparaitre prématurément.

Les autres portraits exposés en 1799 sous les n° 710 et 711 n’ont pu être identifiés.

Pas plus que n’ont pu l’être ceux exposés au Salon de 1800 sous les n° 85 (Portrait de Mme Delille, artiste de l’Odéon), 86 (Portrait d’une petite fille) et 87 (plusieurs portraits sous le même numéro). Contentons nous donc de déduire de cette liste que Constance commence à être connue et, comme l’on dit, à avoir une clientèle. A cette époque où nul ne peut imaginer qu’un jour la photographie existera, le portrait – et ce n’est pas nouveau – est la seule façon de transmettre son image aux générations suivantes. La bourgeoisie, notamment parisienne, accède alors à ce gage de continuité pour le plus grand profit des portraitistes. Constance fait donc partie désormais des peintres auxquels on peut s’adresser sur la place de Paris pour, comme on dit mal, « se faire tirer le portrait ». Mais gageons que cela ne lui suffit guère et que son ambition n’y trouve pas son compte.

Plus que jamais elle se met au travail.

 

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                       Le compte-rendu sur l’anse du panier – Constance Charpentier - 1796

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                                       Constance Charpentier – Autoportrait – Salon de  1798 n° 82

 

   

 

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La veuve d’une journée avant restauration                         La veuve d’une année après restauration

                                               Constance Charpentier – Salon de 1799 – n° 708

   

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                                 Dessins préparatoires des deux veuves – Constance Charpentier (C.P.)

 

 

 


                              

               

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                             Salon de 1799. Prix d’encouragement attribué à Constance Charpentier.

   (« Journal des arts, de littérature et de commerce » - n° 20 – 10 brumaire an VIII – 31 octobre 1799)

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                       Portrait de l’auteur et de sa fille – Constance Charpentier – Salon de 1799 – n° 709

 

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1801 - Fatigue, succès et tableau controversé

 

Passé le choc du coup d'État du 18 brumaire et sous l'autorité de Bonaparte, premier consul non encore atteint par les excès de l'empereur, la France respire. Paris s'ébroue et s'amuse. On s'offre le luxe d'avoir des états d'âme qui préludent aux épanchements du romantisme. Constance s'adonne corps et âme à la peinture. Délaissant probablement Jacques Louis David, devenu le 7 février 1800 peintre du gouvernement, rallié indéfectiblement au nouvel homme fort et porté sur les grandes compositions consacrées à sa gloire, elle se rapproche des peintres de sa génération, François Gérard surtout avec lequel elle ressent une réelle connivence dans l'art du portrait, mais aussi avec son jeune voisin, Pierre Bouillon. Sa sensibilité la met au diapason de ces langueurs auxquelles on peut s'abandonner dès lors que l'on ne craint plus pour sa vie. Elle les résume en un tableau : La Mélancolie.

Elle en fait une première mouture. Un petit tableau - ou modello [65] .  C'est beaucoup plus qu'une esquisse mais sans le soin dans les détails apporté au grand tableau final. Le saule pleureur, symbole évident, en arrière plan à gauche de la jeune femme alanguie en robe blanche, existe déjà mais le regard s'échappe vers un paysage lointain dans le coin droit. Constance supprime ce paysage dans le grand tableau, probablement pour renforcer le caractère intimiste du sujet, contraindre l'œil à s'attacher au personnage central et mieux saisir ainsi les sentiments qui l'habitent. Dans le catalogue de l'exposition « De David à Delacroix » en 1973 au Grand Palais à Paris, Roger Rosemblum, dans le cours de son commentaire sur le tableau de Constance, cite ce poème qu'il a inspiré à un critique contemporain du salon de 1801 :

« A l'ombre d'un saule pleureur,

  Sur le bord d'une onde limpide

  Cette femme nous peint son coeur

  Dans un regard doux et timide,

  On a du plaisir à rêver

  Près d'une femme si jolie

  Et ce tableau nous fait trouver

  Du charme à la mélancolie. »

 

Tout cela peut apparaître aujourd'hui un peu désuet et la pose même de la jeune mélancolique nous semble aujourd’hui pour le moins convenue, notamment la position de sa main gauche. Cette attitude peu naturelle de la main est si fréquente chez Constance que la tentation est grande de nos jours de lui attribuer, presque par principe, les tableaux où on la retrouve. A dire vrai, c’était surtout la marque assez commune de l’école néo-classique dont seuls les meilleurs – pensons notamment à Elisabeth Vigée-Lebrun – ont su s’affranchir pour représenter des poses plus naturelles.  On a beaucoup dit que Constance s'était inspirée du personnage de Camille du tableau de David « Le Serment des Horaces ». Il est exact, pour s’en tenir à ce point particulier, que le bras gauche de Camille pend le long de son corps comme si toute vie s’en était retirée. Pour mieux attester probablement l’état d’affliction extrême accablant le personnage. Constance a conservé le procédé.  C'était un charme d'un autre temps, mais son caractère un peu suranné pour notre XXI° siècle ne peut faire oublier ni la qualité de la peinture ni le talent de son auteur. En particulier, la subtilité du traitement des tons blancs affectionnés par Constance est exemplaire.

 

Constance peint encore six tableaux en prévision du Salon qui doit ouvrir ses portes le 2 septembre 1801 : l'un intitulé « La jeunesse bienfaisante » et, pour les cinq autres, un portrait d'homme cachetant une lettre [66] , un portrait de femme qui déjeune [67] , deux portraits d'hommes et un portrait de femme.

 

Quand arrive l'été 1801, elle est épuisée, ne mange guère et a maigri. Epuisée et déprimée. C'est que François-Victor passe beaucoup de temps hors de chez lui, y compris le soir. Constance n'est pas loin de lui supposer une liaison avec une certaine demoiselle « G. ». Moment de tension dans le ménage. Constance fuit Paris accablé de chaleur et part avec sa fille à Noyon chez sa bonne tante Gely.

Noyon.

 

Une série de lettres échangées entre les époux a heureusement été conservée dans les archives de la famille. Leur datation est certaine : dans l'une d'entre elle, Constance annonce que sa cousine Donné est accouchée d'un beau et gros garçon. Il s'agit d'Alfred Donné, fils d'Adrien Donné et de Marie Anne Gely, elle même fille de Thomas Gely et de Marie Anne Geneviève Blondelu, celle-là même qui avait incarné la « déesse Raison » à Noyon le 20 novembre 1793. Alfred Donné est né le 5 octobre 1801 [68] . Constance fait également état dans ses lettres du mauvais état de santé de son oncle Thomas Gely. Thomas Gely est décédé le 27 septembre 1802. Tout ce que contiennent ces lettres se rapporte donc bien au séjour de Constance à Noyon pendant l'été et l'automne 1801.

Ces vacances sont bénéfiques sur le plan conjugal. Dans une lettre très tendre du 8 septembre 1801, François-Victor affirme : « Je te l'assure avec attendrissement, je ne connais pas de femmes qui me conviennent mieux que toi ; et il n'en est pas avec qui je voudrais changer ma Constance. Tu n'as jamais perdu et tu ne perdras jamais aux comparaisons que j'ai pu et que je pourrai être dans le cas de faire. Mon refrain a toujours été et sera toujours : ma bonne femme vaut mieux que tout cela. Si j'ai été assidument, pour le distraire, trainer mon ennui dans quelques maisons, c'est toujours avec le plus grand plaisir que je revenais auprès de toi ... on sort de chez soi pour aller se dissiper ailleurs, et on rentre tout étonné de s'y être moins plu que chez soi ... ma bien bonne amie, ne crains rien de ton bonhomme, il t'aime bien, mais bien fermement ... » [69] . Fautes avouées et expliquées, donc à moitié pardonnées, François-Victor est entendu et ses lettres suivantes comme celles de Constance témoignent de la dissipation des nuages amoncelés au début de l'été.

Constance s’inquiète pour la santé de sa cousine Julie [70] . Elle parle « de la mélancolie et des souffrances de Julie», « elle tousse », « elle a beaucoup souffert de faiblesse », elle a eu « un étouffement terrible », « lorsqu'elle va mieux elle est on ne peut plus aimable et ne manque pas de courage mais il l'abandonne lorsque le mal redouble ».

En revanche la petite Julie-Constance, à part un torticolis et un rhume sans gravité, va bien. L'enfant rédige, « en partie » mentionne Constance,  et signe (« ta fille Constance») un gentil billet adressé à son père.

Constance, pour sa part, retrouve après quelques semaines le sommeil, l'appétit et le désir de peindre. François-Victor doit, toutes affaires cessantes, lui faire parvenir de la terre de sienne brûlée, du blanc fin broyé, du blanc d'argent, de l'huile d'œillet, du noir de pêche, du noir de charbon, du jaune de « napple » non broyé et deux toiles de dix qu'elle n'arrive pas à dénicher à Noyon. Puis, la température fraichissant, elle a besoin de « ses hardes d'automne »,  toute une liste détaillée que François-Victor doit lui faire parvenir par la diligence. Il s'exécute et fait même le voyage pour lui apporter le « portrait de son cher Oncle », tableau que, dans on ne sait quelle précipitation ou distraction, Constance oublie en pleine campagne. François-Victor se moque gentiment: « Ce n'est pas ta faute si tu es distraite et j'aurais tort de me plaindre lorsque faisant le voyage exprès pour porter le portrait de ton cher Oncle, tu l'oublies sur un tas de fumier et tu le laisses là comme le bonhomme Job. ». Le tableau a été récupéré. Et Constance peint. Elle veut faire les portraits de son oncle Thomas Gely et de sa tante Marie Anne Geneviève malgré le peu d'enthousiasme des intéressés : « Mon oncle Gely s'en va tant qu'il peut et ne se soucie pas de poser, ma tante qui n'a jamais voulu se faire peindre ne veut pas encore commencer. Ils se disputent l'un l'autre à qui ne commencera pas. » . Constance y arrive quand même. Elle fait état également du portrait de Mr Bignot, époux, on l’a vu, de Marie-Adélaïde Blondelu, et de celui de son oncle l'abbé [71] . Sans compter un paysage auquel elle déplore de ne pas avoir eu le temps de suffisamment travailler. Et elle s'agace des mille contingences de la vie quotidienne qui lui prennent le temps qu'elle voudrait consacrer à peindre : « J'ai plus d'occupations qu'il ne m'en faudrait. Il faut lever, habiller, peigner, débarbouiller ma fille, raccommoder les accrocs de ses bas, autant pour moi, sous peine de ne pas promener. Ensuite, il faut jaser un peu longtemps, avec mon oncle l'abbé visiter les malades et l'accouchée ... » [72] . Le temps de la création est toujours difficile à arracher aux exigences de la vie quotidienne mais, en tout cas, Constance a retrouvé toute son ardeur pour la peinture. Quant aux tableaux familiaux qu'elle cite, on ne sait ce qu'ils sont devenus.

 

Un succès.

  Dans une lettre datée du 18 septembre 1801 (1er jour complémentaire - an IX), un ami auquel Constance avait manifestement fait part de sa fatigue et de son appréhension de l'accueil que le public ferait à ses tableaux s'efforce de la rassurer: « Je ne puis m'empêcher de vous blâmer de l'accablement dont vous me parlez ; il n'était point raisonnable ; il n'était point fait pour vous ; car je m'avise d'en vouloir deviner la cause, et elle me paraît insuffisante ; le public qui vous faisait peur, vous trouve charmante, et il a raison. Votre Mélancolie plait, attire ; votre Jeunesse bienfaisante a trouvé près de lui toute l'indulgence qu'elle mérite, et qui se ressent de l'intérêt qu'elle inspire ; le public parait avoir deviné que les légers reproches qu'on pouvait lui faire ne doivent point s'adresser à l'auteur de cette intéressante et charmante composition ; le critique malin se tait sur son compte et chante avec enthousiasme cette Mélancolie touchante dont votre pinceau a si bien su rendre le caractère. » [73] .

« La Mélancolie » a, effectivement, retenu l'attention. Robert Rosemblum cite un critique anonyme qui voyait en Constance Charpentier une nouvelle artiste dans cette « classe des femmes distinguées par leur talent », bien qu'il se plaignît qu'il y eut « peu de finesse dans les contours ».

Constance est à la fois surprise et ravie d'apprendre que l'État s'est porté acquéreur du tableau pour le prix de 1 580 francs - « à titre d'encouragement ». Elle n'y croit d'abord qu'à moitié - « s'il est vrai que je doive recevoir 1 580 francs de mon prix » - mais charge déjà François-Victor d'en faire bon usage : « Si tu reçois les quinze cents francs, par hasard, avant mon retour, paye je te prie sur le champ mes dettes, et commande moi un mannequin. Sans cela je ne serai pas heureuse. ». Encore plus que cet apport financier, espéré peut être mais non sérieusement prévu, cette nouvelle reconnaissance officielle de son talent comble Constance et achève, s'il en était besoin, de la remettre sur pieds. Mais que signifie ce passage de l'une de ses lettres de ces jours là : « Je n'ai point du tout deviné la personne qui t'a accompagné chez le ministre de l'intérieur. J'avais d'abord cru que c'était M. Petitot mais à ta prompte réussite je dois croire que c'est le général Lerois ou M. Adet, j'ai peine à le croire. Au surplus quel qu'il soit, je remercie beaucoup celui qui m'a rendu ce service. » [74] . On ne sait pas précisément de quoi il s'agit. On aimerait ne pas avoir à en déduire que François-Victor qui décidément a, comme l'on dit, des relations, ait pu intervenir auprès de Lucien Bonaparte (alors ministre de l'intérieur, Fouché étant chef de la police) pour décrocher l'encouragement en question.

« La Mélancolie » est aujourd'hui au musée de Picardie à Amiens auquel il a été attribué par l'État le 13 octobre 1864.

 

Un tableau controversé.

 

La controverse ne date pas de 1801. Elle est beaucoup plus récente.

Voilà l'affaire.

En 1917, Isaac D. Fletcher lègue au Metropolitan Museum of Art de New York, le célèbre MET, un vraiment ravissant tableau représentant une jeune fille, vêtue d'une robe blanche à la mode du début du XIX° siècle, en train de dessiner sur une feuille supportée par un carton à dessin appuyé sur ses genoux et qu'elle tient de la main gauche. Le modèle a le visage tourné vers celui qui regarde le tableau. Le visage est d'une extrême finesse, encadré de boucles de cheveux blonds. L'artiste est éclairée par la lumière provenant d'une fenêtre située derrière elle, sur la gauche du tableau alors qu'à droite le mur est uniformément sombre. L'effet de contre jour est saisissant. Le tableau n'est pas signé.

Il avait été révélé au public en 1897 à Paris lors de l’exposition « Portraits de femmes et d’enfants ». Il appartenait alors à un commandant Hardouin de Grosville qui affirmait que sa famille avait conservé ce portrait de sa grand-mère laquelle, selon la tradition familiale, avait été élève de David qui l'aurait réalisé en 1803. II était ainsi réputé être le portrait de Mademoiselle du Val d'Ognes.

En janvier 1951, Charles Sterling, conservateur du département des peintures du MET, fait paraître dans le bulletin du musée un long article dans lequel il réfute l'attribution du tableau à David et conclut en l'attribuant à Constance Charpentier [75] .

Personne ne conteste que David ne peut avoir été l'auteur du portrait de Mlle du Val d'Ognes. En dehors même du fait qu’aucune Mlle du Val d’Ognes n’apparait dans les listes existantes des élèves de David et au delà des arguments proprement picturaux, la raison principale en est que ce portrait apparaît sur une gravure de Monsaldy et Devisme représentant une partie des tableaux exposés au Salon de 1801. Cela existait à l'époque : on faisait le tableau des tableaux ... Le portrait de Mlle du Val d'Ognes se trouve clairement dans un coin de l'exposition, entre deux autres portraits ovales. Or Jacques Louis David n'a pas exposé au Salon en 1801. Ce premier point est dépourvu d'ambiguïté. Reste à déterminer l'auteur de ce tableau non signé.

Pour l'attribuer à Constance Charpentier, Charles Sterling fait l'inventaire de tous les tableaux exposés et mentionnés comme étant des portraits de femmes ou seulement comme des portraits sans autre précision. Il en trouve vingt neuf. Prenant en compte un ensemble de critères qu'il serait trop long de détailler ici, il en élimine vingt sept. Deux restent : Jean-Baptiste Genty et Constance Charpentier. Il ne retient pas le premier qui est un miniaturiste. Il ne reste donc que Constance. Et Charles Sterling de citer le commentaire, paru dans les Petites Affiches de Paris du 5 septembre 1801, du critique Ducray-Dumesnil : « Dans le groupe des portraits de Mme Charpentier, on doit en signaler un très remarquable : n° 60. C'est celui d'une jeune personne presque entièrement dans l'ombre. Cet effet difficile est bien senti. Mais pour éviter les ombres rousses, l'auteur les a fait grises, ce qui produit un ton lourd, toujours froid. Au reste, l'exécution des ouvrages de ce peintre aimable est ferme et résolue, comme la disposition de ses attitudes et le choix de ses masses. ». Tout en déplorant que Ducray Dumesnil, qu'il présente comme l'un des critiques les plus sérieux de l'époque, n'ait rien dit sur la pose du modèle, et après s'être référé aux seules œuvres de Constance dont il avait connaissance - La Mélancolie et l'autoportrait conservé au musée de Dijon - Charles Sterling propose donc d'attribuer le tableau à Constance Charpentier, non sans ajouter prudemment que cette attribution mériterait d'être confirmée « le jour où quelques portraits de cette artiste seront découverts. ».

Point n'est besoin d'être un grand expert pour prendre acte des différences considérables existant entre le portrait de Melle du Val d'Ognes et, par exemple, ceux de l' « Homme cachetant une lettre » et de la « Femme qui déjeune », exposés aussi par Constance au Salon de 1801. Le caractère assez convenu et figé des attitudes des modèles, en dépit de la finesse de l'exécution picturale, les placent bien loin du mouvement et de la lumière qui illuminent Mlle du Val d'Ognes. Ce qui justifie probablement la contestation de l'attribution faite par Charles Sterling.

 

Revenons pourtant aux lettres échangées par François-Victor et Constance pendant cet été et cet automne 1801. François-Victor annonce à Constance le 8 septembre 1801 (le Salon a ouvert ses portes le 5 septembre) : « Je te le répète, ton tableau fait fort bien quoique on ne l'ait pas changé de place et ce serait vraiment dommage de le retirer du Salon. ». Réponse de Constance: « Quant à mon petit tableau, malgré tout ce qu'on pourra m'en dire, je n'effacerai pas de ma mémoire et ce que j'ai vu et ce que j'ai entendu ; mais j'en suis très consolée ; je croyais que Mrs Gérard et Roberts s'en seraient occupés ; j'avais imaginé surtout que le premier y prendrait quelque intérêt ; je me suis trompée ; je pense que Mr Belot, le marchand de couleurs, aura eu plus d'égard à ma demande et qu'il aura mis un second vernis. C'est sans doute à cela que tu dois attribuer le meilleur effet qu'il produit maintenant. ». Quelques jours après, toujours de Constance : « J'aurais mieux aimé savoir mon tableau chez nous mais je me soumets à mon sort, il en sera ce que M. Gérard décidera avec toi. Je ne puis croire qu'il soit tout à fait indifférent à ce qui me regarde. Au surplus, si personne ne daigne s'intéresser à moi, je suis sûre de te plaire, être aimée de toi est pour moi plus que le public, la gloire, les louanges, la critique, l'intérêt. ». Enfin, de François-Victor: « ... ton tableau est déplacé, il est dans le coin du salon près de la porte qui conduit à la Galerie, il y fait fort bien. Je ne sais à qui tu as cette obligation. Content de l'effet qu'il faisait à sa première place, je n'ai point sollicité son déplacement. J'aime mieux qu'on se soit donné cette peine pour toi, sans qu'on l'ait demandé. Il prouve que tes ouvrages méritent la peine qu'on s'en occupe. Il est plus élevé sans l'être trop. » [76] .

Dans la marge de cette dernière lettre, Constance a rajouté elle même en datant son annotation (1833) : « C'était le sujet de La jeunesse bienfaisante. ».

On le voit, Constance tenait particulièrement à « La jeunesse bienfaisante », avait essuyé quelques commentaires désobligeants et éprouvait, quoiqu'elle en dise, un peu de dépit à ce qu'il ne soit pas mieux reconnu, en particulier par Gérard avec lequel elle travaillait  alors. On voit également que ce tableau a été déplacé après l'ouverture du Salon et accroché   « dans le coin du salon près de la porte qui conduit à la galerie ». N'est-ce pas là que le tableau controversé apparaît sur la gravure de Monsaldy et Devisme ? « La jeunesse bienfaisante » ne signifiait il pas, pour Constance, non pas « la jeunesse qui fait le bien » mais « la jeunesse qui fait bien », celle qui peint avec enthousiasme, ce que suggère le portrait ? On a fait remarquer que ce portrait est proche, par sa manière, de celui de Mme Pagnière-Drölling peint par Gérard [77]  ; or précisément, on vient de le dire, Constance travaillait désormais avec Gérard. Sa réaction, qu’il faut bien assimiler à du dépit, peut faire penser qu'elle s'était efforcée d'aller dans son sens. Enfin, si l'on considère les dessins qu’elle a faits de deux de ses élèves, Mlle Eulalie Gillé et de Mlle Sophie Cahou [78] , il est difficile de ne pas trouver de ressemblances dans la finesse de l'exécution des visages, dans les robes et même dans les attitudes des modèles. Il est vrai que comparaison n'est pas raison, qu'il s'agit de dessins sans couleurs et sans l'effet de contrejour qui fait le charme du portrait de « Mlle du Val d'Ognes » et qu'il n'y a pas non plus dans les dessins le mouvement du tableau. Mais les tons subtilement nuancés du blanc de la robe de « Mlle du Val d’Ognes » rappellent ceux de « La Mélancolie ».

Alors, Constance, emportée par l’exemple de Gérard, aurait-elle pu réaliser cette merveille ?

En avril 1996, une spécialiste américaine, Margaret O. Oppenheimer, fait paraître une étude [79] sur Marie-Denise Villers (1774-1821), élève de Girodet dont on a vu qu’elle avait bénéficié elle aussi d’un prix d’encouragement de Vème classe en 1799, étude dans laquelle elle se fonde sur les différences évidentes entre la « Mélancolie » de Constance Charpentier et « Mlle du Val d’Ognes » (mais à sujet différent, ne peut-on supposer une facture différente ?), sur une similitude de style avec l’ « Etude d’une jeune femme assise sur une fenêtre » de Marie-Denise Villers (ce qui est exact) et, enfin, sur le tableau de Gérard « Portrait de la comtesse de Morel-Vindé et sa fille » dont celle-ci « aurait pu avoir connaissance et s’inspirer » (alors que Constance Charpentier, elle, travaillait avec Gérard…), pour en déduire qu’il convient de le lui attribuer et de le rebaptiser simplement « Jeune fille dessinant » (« Young woman drawing »). Elle fait remarquer également, ce qui est exact, que Monsaldy, dans ses dessins préparatoires à son tableau des tableaux [80] a placé l’un à côté de l’autre l’ « Etude d’une jeune femme assise sur une fenêtre » et le tableau en cause, circonstance pouvant faire penser que l’un et l’autre sont du même auteur. Elle oublie cependant de préciser que Monsaldy mentionne le nom de Marie-Denise Villers sous le second mais en assortissant cette mention d’une flèche dirigée vers le premier … Monsaldy a-t-il voulu indiquer par cette flèche qu’il avait réalisé que le tableau controversé n’était pas l’œuvre de Marie-Denise Villers (mais sans mentionner alors son auteur) ou bien que le premier tableau était « lui aussi » de Marie-Denise Villers ( l’ « Etude d’une jeune femme assise sur une fenêtre » est incontestablement son oeuvre) ? On ne sait.

En définitive, à considérer toutes ces ambiguïtés, le portrait controversé pourrait-il être « La jeunesse bienveillante » ? Eh bien non, c’est impossible. Pour une raison extrêmement simple qui tient aux tailles respectives des deux tableaux : La « Jeune fille dessinant » fait 1,61 m de haut sur 1,30 m de large, ce que tout le monde peut vérifier au MET. Tandis que « La jeunesse bienfaisante » a été enregistrée au livret du Salon comme ayant 3 pieds 5 pouces de haut (1 m) sur 4 pieds 5 pouces de large (1,30 m) [81] .

Il ne reste donc, parmi les tableaux exposés par Constance au Salon de 1801, que le « Portrait de femme » enregistré ainsi au livret sous le n° 60 sans aucune indication de dimension, portrait auquel se réfère Ducray-Dumesnil dont l’appréciation avait retenu l’attention de Charles Sterling. Mais il faut bien reconnaître que la référence manque de précisions. Quant au « coin du Salon près de la porte qui conduit à la galerie », cité par François-Victor,  est-ce vraiment le coin qui apparait sur le tableau de Monsaldy ?

Allons, force est d'en rester là et de laisser à ceux qui pensent pouvoir et devoir trancher la question de l'attribution du charmant tableau dénommé alors « Portrait de Mlle du Val d'Ognes » le soin de le faire. Le Metropolitan Museum of Art a maintenu l’attribution du tableau à Constance Charpentier jusqu’en 2007. Il le désigne aujourd’hui sous le titre une « Jeune fille dessinant » et  mentionne qu’il « a été attribué à Marie-Denise Villers, peintre française peu connue, dont il pourrait être un autoportrait ». [82]

Voilà. On aimerait que la « Jeune fille dessinant » ait été peint par Constance. Et l’on ne sait pas ce que représentait « La jeunesse bienfaisante ».

Revenons donc, un peu mélancoliquement pour notre part, à 1801. Constance, revigorée, quitte Noyon et rentre à Paris. Un membre de sa famille lui fait parvenir ce petit couplet, témoin de l'esprit d'une époque où le pathos des SMS n'avait pas encore fait ses ravages et qui, on le conçoit, peut faire sourire aujourd’hui :

« A Mde Constance Charpentier

Sur son départ

   Air : je l'ay planté je l'ay vu naître

Constance part, cède sa place

     Aux grâces, ses aimables soeurs ;

       Sans craindre que l'absence efface

          Son image dans tous les cœurs. (bis)

                                                         Ainsi va le train de la vie ;

   Le plaisir se change en regrets,

Mais tes talents, ta modestie,

            Du temps sont à l'abri des traits. (bis)

Bonne parente et tendre amie

     De ses coups bravons les effets ;

    Quand par la constance embellie 

          L'amitié ne vieillit jamais. (bis) » [83]

 

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      La Mélancolie – Constance Charpentier – Salon de 1801 n° 58 – (Musée de Picardie, Amiens)

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                                  La Mélancolie – Constance Charpentier – Modello – (C.P.)

 

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                                        Jeune femme dessinant – Metropolitan museum of art – (New-York)

                                                                 (Portrait de Mlle du Val d’Ognes)

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                                                                                  Salon de 1801

                                                 Le tableau des tableaux de Monsaldy et Devismes .

                     Le tableau controversé est nettement visible dans le coin de la galerie entre les deux  tableaux ovales.

 

 

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          Portrait de femme qui déjeune                       Portrait d’homme cachetant une lettre

                                                      Constance Charpentier – Salon de 1801

 

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         Mlles Eulalie Gillé et Sophie Cahou – Constance Charpentier – Dessins (C.P.)

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          Lettre de François-Victor à Constance mentionnant l’emplacement finalement réservé à « La jeunesse bienfaisante » identifiée par la mention manuscrite de Constance en 1833.
 

                                                               10

LES SALONS DE L'EMPIRE

 

Passé le salon de 1801, Constance attend le Salon de 1804 pour exposer à nouveau.

C’est que, malheureusement, un drame est survenu. La petite Julie-Constance est morte en effet au début de 1803, âgée de neuf ans, des suites d’un absurde accident ménager. Qui peut évoquer la peine infinie de Constance devant sa fille unique dont les rires se sont définitivement éteints ? [84] « Terre de peine et de douleur » gémit-elle dans une lettre adressée à son oncle curé Charles Debacq [85] .

Mais la rage de vivre et le refus de la résignation l’emportent chez François-Victor et Constance. Le 31 mars 1804, à 37 ans, Constance accouche à nouveau d'une petite fille. En ces temps où la mortalité infantile était considérable, il n'était pas rare que les parents redonnent à un nouveau né le même prénom que celui d'un enfant disparu prématurément. La première fille de François-Victor et de Constance s'était appelée Julie-Constance. C’est donc à nouveau Julie-Constance.

Moins de deux mois plus tard, le 17 mai 1804, François-Jérôme Charpentier disparait à l'âge de 80 ans. [86] Cet homme discret, efficace et fidèle à sa famille laisse à nouveau les deux fils de Danton, alors âgés de 12 et 14 ans, sans protection. Il revient à François-Victor, subrogé tuteur, de le remplacer. Mais les choses n'ont pas du bien se passer entre les deux adolescents et leur nouvelle famille où vagit un nouveau né, où le père est accaparé par ses fonctions administratives et ses relations diverses et où la mère est, à nouveau, toute à sa peinture. D'un autre côté, leur jeune belle-mère, Louise-Sébastienne qui aimait tant s'occuper d'eux dans leur tendre enfance, a depuis longtemps pris le large en épousant le 10 avril 1796 Claude-François- Etienne Dupin qui a été nommé, en 1800, préfet des Deux Sèvres par le  Premier Consul. Antoine et François-Georges Danton, devenus adultes, raconteront dans un mémoire écrit en 1846 qu'ils partirent dès 1805 pour Arcis-sur-Aube, chez leur grand-mère paternelle auprès de laquelle ils passèrent leur jeunesse. [87]

En dépit de tous ces évènements familiaux, Constance présente au Salon qui ouvre ses portes le 18 septembre (1er jour complémentaire) 1804 plusieurs tableaux: « Une mère convalescente soignée par ses enfantes » (n° 94), « Portrait d'une jeune personne montrant à lire à ses enfants » (n° 95) et plusieurs portraits sous le même numéro (n° 96). Il n'y a aucune trace connue de ces tableaux.

Mais puisque l'on vient d'évoquer Claude-François-Etienne Dupin, dont on se rappelle qu'ami de François-Victor, il faisait partie du petit cercle de la cour du Commerce, on peut mentionner ici son portrait fait par Constance [88] . L’intéressé est devenu baron d’Empire et son action apaisante en Vendée est reconnue. Voilà Louise-Sébastienne baronne. Les empressements de Georges-Jacques Danton sont loin. Mais, pour l’époque, c’est banalité. Il faut bien vivre et, malgré les routes divergentes, les liens d’amitié entre les anciens fidèles de la cour du Commerce restent vivaces.

Pour le Salon de 1806, Constance imagine ce qu'il est convenu d'appeler une scène de genre. Exposé sous le n° 94, son intitulé   « Un tableau de famille : Un aveugle entouré de ses enfants est consolé de la perte de la vue par la jouissance des quatre autres sens » est qualifié « de scène assez bizarre de son invention » ou « d'une invention compliquée » dans certaines biographies. Pourtant le thème est simple et peut-être aisément résumé : le père est aveugle - c'est la vue ; son fils met une pomme dans sa main - c'est le goût ; son épouse joue de la guitare - c'est l'ouïe ; l'une de ses fille respire une fleur - c'est l'odorat ; et l'autre dépose un baiser sur sa main - c'est le toucher. C’est d’ailleurs un thème assez classique et repris par de nombreux peintres de l’époque. Le tableau, bien endommagé pour la raison déjà indiquée à propos des deux « Veuves » et longtemps conservé par la famille du peintre, a été vendu en 1990 [89] . On ne peut pas ne pas remarquer la finesse et la précision de l’exécution picturale. On peut même noter la robe blanche de l'épouse. Toujours la prédilection de Constance pour cette couleur… Mais il est vrai, sur ce point, qu’elle était dans l’air du temps : la mode était au blanc et tous les portraitistes de l’époque en ont abondamment usé.

Peut-être est-ce aussi de cette époque qu'il faut dater le portrait à la pierre noire et à la craie sur papier vélin qui se trouve aujourd'hui au musée Magnin de Dijon. Il représente une femme de 35 à 40 ans, vêtue d'une robe légère à taille haute selon la mode de l'Empire, la tête de profil et les cheveux relevés en chignon. Le modèle affiche le demi-sourire d'une femme dans la plénitude de son âge que l'on sent épanouie. La touche est délicate et le dessin d'une grande finesse. Ce dessin est, de toute évidence et bien que non signé, l'oeuvre de Constance. Une première version ou esquisse existe en effet [90] . Est-ce un autoportrait ? M. Magnin a identifié comme tel ce portrait, apparu dans une vente du 24 juin 1910 où figuraient plusieurs dessins du même auteur, avec des arguments fondés essentiellement sur une grande ressemblance des traits, en dépit de la différence d'âge, avec les « trois bustes présumés d'elle par Chinard (vente du comte de Ponha Longa du 2 décembre 1911) ». Soit. On ne peut cependant se défendre d'un léger doute quand l'on rapproche ce portrait de l'autoportrait de 1797, du portrait de l’auteur et de sa fille de 1799 et de celui de 1828 évoqué plus loin, qui encadrent donc, chronologiquement, celui ci. Il est vrai que ces trois tableaux traitent le sujet de face et que le rapprochement avec un profil ne va pas de soi. Laissons donc de côté ce doute fugace.

 

Au Salon de 1808, Constance expose un tableau: « Première cure d'un jeune médecin » (n° 114) et « Portraits et études. Même numéro » (n° 115).

La « Première cure d'un jeune médecin » a sa petite histoire.

On comprend tout d'abord que le titre doit s'entendre comme les premiers soins donnés par un jeune médecin. Constance l'a commencé avant l'été 1807. Dans une longue lettre écrite les 6, 8 et 9 octobre 1807, adressée à un jeune homme d'une vingtaine d'années qui a été son élève en peinture, qui se destine à la médecine et pour lequel elle a de l'amitié, déplorant que sa fille soit trop jeune pour qu'il puisse être son gendre mais le rêvant comme neveu, Constance en vient à lui parler de ce qui la touche: « Je mets de ce nombre mon mari, ma fille, ma mère et la peinture ... les trois premiers se portent assez bien et pensent souvent à vous sans que j'aie besoin de leur en rafraîchir la mémoire. Quant à la peinture, elle se portait assez bien aussi jusqu'au jour où j'ai reçu votre lettre (qui est arrivée fort à propos pour me distraire d'un petit accident qui m'a causé un grand chagrin). Vous savez avec quel zèle je travaillais à l'instant de votre départ à mon tableau, première cure d'un jeune médecin. Je l'avais beaucoup avancé depuis, mon jeune médecin était devenu digne de la malade, toutes les dames étaient enchantées du médecin, tous les messieurs étaient fous de la malade. Eh bien ! ... Ô jour de malheur et de désespoir ! ... (Si je n'avais pas reçu votre lettre ce jour là) ... mon tableau est crevé ! ... crevé par le beau milieu, le visage du jeune homme tout déchiré... C'est pourtant votre petite Constance qui a fait ce tour là ! Et vous l'aimerez encore j'en suis sûre ! Eh bien ! Moi aussi. Je ne l'ai même pas grondée, la pauvre enfant, elle était aussi saisie que moi, son papa a été obligé de la caresser pour la consoler. Sérieusement je suis désolée, dégoûtée, impatientée. Je ne le crois pas raccommodable mais le fût-il, je crois que je n'en aurai pas le courage. Je suis partie le lendemain pour la campagne où je me trouve maintenant ... » [91] . Il faut croire que, passé ce sentiment de découragement compréhensible et requinquée par son séjour à la campagne, Constance a eu le courage de faire ce qu'elle craignait de ne pouvoir accomplir. La « Première cure d'un jeune médecin » a donc été exposée au Salon de 1808 et le sera à nouveau au Salon de 1814.

Quant au jeune médecin en question, il n’est pas besoin d’aller chercher bien loin celui qui servit vraisemblablement de modèle à Constance. On a vu Charles-Daniel Gaultier de Claubry, tiré des geôles de la Grande Terreur par Danton, accoucher Constance de sa deuxième fille et fuir avec femme et enfants à Blois. Il en est revenu en 1799, s’est réinstallé et a repris sa pratique de la médecine. Marie-Angélique, François-Victor et Constance ont retrouvé avec une joie immense le vieil ami coutumier du petit monde de la Cour du Commerce, le gynécologue de talent qui avait présidé aux naissances des enfants d’Antoinette-Gabrielle et, bien sûr, de Constance. Les liens avec Charles-Daniel et son épouse Henriette se resserrent. On admire les brillantes études de leurs trois garçons, Emmanuel, Nestor et Henri, qui ont maintenant 23 ans, 19 ans et 16 ans. Emmanuel est chirurgien-major dans les armées impériales. Nestor vient d’être reçu docteur en chirurgie à l’école de Paris. Henri termine ses études de pharmacie et travaille déjà dans les officines, réputées à l’époque, Pelletier qui est rue Jacob à proximité immédiate du domicile familial, et Boudet [92] . Constance traduit son admiration comme elle sait le faire : « La première cure d’un jeune médecin » célèbre l’entrée de Nestor dans une carrière médicale que l’on peut penser prometteuse.

Parmi les portraits exposés sous l'unique n° 115, devait se trouver un charmant tableau intitulé « La jeune fille à la perle », fort heureusement signé (Blondelu Charpentier fecit) et daté (1807) [93] . Si l’on ne sait pas qui en fut le modèle, sa fraîcheur et sa spontanéité parlent d’elles-mêmes.

Ses travaux acharnés en vue des Salons n'empêchent pas Constance de faire le portrait de celle qui lui tient le plus à coeur. Compte tenu de l'âge de la fillette, c'est de 1808 également qu'il faut dater celui de sa fille Julie-Constance alors âgée de quatre ans. Petite fille sage, les mains jointes devant elle, assise devant un paysage, frimousse ronde entourée de cheveux blonds, robe blanche bien sûr, avec ceinture rouge en taille haute et petits souliers rouges [94] . Oublié pour la postérité l'accident malheureux de la « Première cure d'un jeune médecin ». Il reste l’amour maternel exprimé par le talent de l’artiste qui se retrouve dans le charmant dessin d'une petite fille endormie - à l'évidence Julie-Constance – qui date de la même époque [95] .

Il y a longtemps que les grands évènements de la politique nationale n'ont plus de conséquences sur la vie de Constance. La démesure de l'Empire en Europe n'atteint pas le 35 de la rue de l'Odéon. Constance a aménagé l'une des pièces du troisième étage en atelier, précision trouvée dans l'inventaire du 16 mai 1810 dont il va être question. Elle est là à son aise, à l’abri des bruits de la ville et de l’agitation du monde, pour peindre, bien emmitouflée, les connaissances ou amies qui se présentent. Ainsi apparait-elle dans l’ « Atelier du peintre » [96] où elle se représente elle-même, enveloppée d’un grand châle, un chapeau à bord la préservant d’une arrivée trop directe de la lumière provenant de la fenêtre assez haute pour procurer un bon éclairage des deux modèles situés au centre de la pièce. Les murs sont couverts de tableaux, notamment de paysages. Quand elle était à Noyon, en 1801, Constance racontait dans ses lettres à François-Victor son émotion devant les paysages où ses promenades la menaient. Elle n’avait pas eu alors le temps de les peindre. Depuis, elle s’était rattrapée. Mais aujourd’hui on n’en connait que deux [97] .

Période heureuse pour Constance. Julie-Constance grandit sans problème particulier. Marie-Angélique s’en occupe et dispense aussi Constance d’une grande partie des charges de la vie quotidienne. François-Victor, mari affectueux et père attentif, en plus de ses fonctions au département de la Seine où il est maintenant « chef de division », est associé avec un certain M. Levrat dans une société de fabrication de « plaqués » située au n° 19 de la rue Richer [98] . François-Victor est décidément un homme dynamique et entreprenant.

Mais la vie est ainsi faite. La camarde n’est jamais loin. François-Victor meurt le 5 mai 1810 à quarante neuf ans. « Terre de peine et de douleur » à nouveau, subit Constance.

Julie-Constance, qui a juste six ans, est désignée comme sa seule héritière, sa mère étant sa tutrice légale. Marc-Antoine Gely est subrogé tuteur. On avait laissé celui-ci employé à la marine en 1792. Il est maintenant – peut-être François-Victor y a-t-il été pour quelque chose -  employé à la préfecture du département de la Seine. Il habite toujours Cour du Commerce. Une délibération de « parents et amis » a eu  lieu le 14 mai 1810 devant le juge de paix du 11° arrondissement [99] . La proposition lui a été  faite. Il a accepté. On le voit, les liens ne se sont pas distendus entre Constance et la famille Gely.

Le long et exhaustif inventaire du 16 mai 1810 dressé après le décès de François-Victor montre tout d'abord que Constance n'était pas femme à laisser les choses traîner. Dès le 26 mai elle obtient du juge des référés du tribunal civil de la Seine l'autorisation de gérer et d’administrer tous les biens lui revenant du fait de la communauté de biens ayant existée avec son époux. Elle n'est pas non plus femme à se laisser faire : elle exige et obtient un inventaire de la société de plaqués, aux termes duquel un droit de 27 654,32 F lui est reconnu [100] .

L’inventaire nous fait pénétrer dans un intérieur bourgeois qui ne manquait manifestement pas de confort, tout au moins à l'aune de ce temps : un salon confortable, une bibliothèque où l'on trouve, reliés, aussi bien un Voltaire en quarante volumes ainsi qu'une Histoire philosophique et les œuvres de Montesquieu en vingt six volumes (ceci, c'est peut être François-Victor) que la correspondance de Mme de Sévigné (cela, c'est peut être Constance). II y a des bijoux, mais peu d'argenterie. Une liste de quatorze tableaux est donnée sous la rubrique « Ouvrages de Mme Charpentier ». On y trouve notamment « Le père aveugle » (c'est à dire « Les cinq sens »), « La première cure d'un jeune médecin » et les deux « Veuves ».

Voilà donc Constance veuve, restant seule avec sa mère de soixante-dix ans et sa fille de six ans. Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, qu'elle n'ait exposé que « Plusieurs portraits» (n° 155) au Salon de 1810. Si elle a réussi alors à faire en quelque sorte acte de présence pour ne pas être oubliée, on comprend qu'en réalité il s'agissait surtout de commandes destinées à lui procurer quelques revenus. On peut placer ici, faute de pouvoir clairement les situer dans le temps, le portrait de Jean-Joseph Dubois, chirurgien dentiste de l'Empereur, et celui de son épouse [101] , attribués à Constance Charpentier avec quelque vraisemblance. En dehors du point de vue strictement pictural, il  est vrai que les liens de Constance avec le milieu de la médecine sont constants, comme en témoigne encore une lettre du 8 octobre 1810 d'un certain Fromentin Dupreux, docteur en médecine, qui se désole longuement de se retrouver loin du milieu artiste de Paris, perdu qu'il est aux fins fonds de la Champagne à soigner des malades qui lui avouent être allés consulter d'abord le sorcier rebouteux local. Alors, un chirurgien dentiste de l’Empereur, pourquoi pas ?

 

Passé le choc de la perte d’un mari aimé et l’essentiel ayant été fait pour assurer le quotidien, Constance se réfugie, une fois de plus, dans la peinture et prépare le Salon qui doit ouvrir ses portes le 1er novembre 1812. Elle y expose trois scènes de genre : « Une mère recevant la confidence de sa fille » (n° 183), « Une jeune fille tenant un nid de fauvettes » (n° 184) et « L'absence. Etude de femme » (n° 185) ; trois portraits : « Portrait de Mme la baronne Dupin » (n° 186), « Portrait de Mlle Aug. Jodot » (n° 187) et « Portrait de M. Larey, major de cavalerie, et de son épouse » (n° 188) ; ainsi que d'autres portraits sous le même numéro      (n° 189). Production importante. La peinture est désormais l’un des moyens d’existence de Constance, de sa mère et de sa fille.

Le premier nommé de ces portraits, « Une mère recevant la confidence de sa fille », subsiste heureusement dans une collection privée. Le tableau n’est, comme à l’accoutumée, pas signé mais une tradition familiale catégorique le désigne comme étant l’œuvre de Constance Charpentier. Cela semble, d’ailleurs, difficilement contestable. On est à nouveau dans un intérieur bourgeois. Si on le rapproche de celui décrit dans les « Cinq sens », on voit que le style du mobilier a évolué. Il est maintenant résolument « Empire », mais le tapis ressemble fort à celui des « Cinq sens ». Le canapé sur lequel sont assises les deux protagonistes est curieusement placé devant une grande glace, mais cela permet à notre peintre de réaliser un heureux effet de miroir. Les visages ont la finesse que Constance sait donner à ses personnages féminins. Le sujet, lui, est encore une fois essentiellement féminin. La jeune fille, vêtue d’une longue robe blanche à la mode élégante de ce temps là (toujours le blanc préféré de Constance), revient manifestement d’un bal, il est tard, et ses confidences troublées et pudiques ont du mal à répondre aux interrogations de sa mère, solide bourgeoise en peignoir d’intérieur, qui aimerait bien savoir quel museau se cache derrière tant d’émotion. En 1812, Julie-Constance n’avait que 8 ans. Constance, en donnant libre cours à son imagination pour élaborer cette scène intime avec des personnages de fiction, se transportait-elle quelques années plus tard quand sa fille serait en âge de lui revenir, un soir, dans les mêmes dispositions ? On se plait à l’imaginer nous-mêmes.

Charles Gabet mentionne qu’« Une jeune fille tenant un nid de fauvettes »  a été acheté par un M. de Sacy. Il s'agit d'Antoine-Isaac-Silvestre de Sacy (1752 – 1838). M. de Sacy n’était pas un inconnu pour Constance. Le nom est évoqué par elle dans certaines de ses lettres. Son fils était un ami d’Alfred Donné qui était, on l’a vu, lui-même le petit-fils de la chère tante Blondelu. Alfred Donné viendra fréquemment voir Constance lorsqu’il fera ses études au collège de Juilly près de Paris dans les années 1814 à 1821. [102] Bref, c’est toujours la mouvance de Noyon. La fidélité en amitié ne se dément pas, surtout quand le malheur vient de frapper.

La trace du portrait de « Mme la Baronne Dupin », qui est évidemment celui de Louise-Sébastienne ex-Gely ex-Danton, a été retrouvée sous la forme d’une photographie annexée à un court article sur l’intéressée paru dans « L’intermédiaire » du 20 janvier 1911 [103] . Il y est précisé que ce tableau, œuvre de Constance Charpentier, se trouvait alors en possession « d’un descendant de Claude Dupin ».

 

 

 

 

« Mme la baronne Dupin » - Constance Charpentier – Salon de 1812


 


 

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Un aveugle entouré de ses enfants est consolé de la  perte de la vue par les jouissances des quatre autres sens (plus  communément  appelé « Les cinq sens ») – Constance Charpentier – Salon de 1806

 

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      Lithographie du portrait du baron Claude-François-Etienne Dupin par Constance Charpentier


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                Autoportrait de Constance Charpentier                                                Dessin par Constance Charpentier (C.P.)                           (Dijon – Musée Magnin)

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                                    La jeune fille à la perle – Constance Charpentier
                        
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                               Portrait de Julie Constance Charpentier par Constance Charpentier (C.P.)

 

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                                   Petite fille endormie – Dessin par Constance Charpentier (C.P.)

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L’atelier du peintre – Constance Charpentier – (C.P.)                   Paysage – Constance Charpentier

   

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                             Julie-Constance Charpentier à neuf ans – Constance Charpentier (C.P.)        

     

          Une mère recevant la  confidence de sa fille – Constance Charpentier – Salon de 1812 (C.P.)

 

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                                       Jean Joseph Dubois, chirurgien dentiste de l’Empereur, et son épouse.

                                                               Portraits attribués à Constance Charpentier

          

 

                                                    11

                                    UNE MÉDAILLE D'OR

 

Les remous politiques, avons nous dit, n'atteignent plus Constance. Mais comment la démesure de l'Empire qui domine l'Europe et lance une armée de 600 000 hommes à l'assaut de la Russie n'aurait-elle pas de conséquences sur une multitude de destins individuels ? Voilà l'un de ceux ci, attesté par neuf lettres soigneusement conservées par Constance [104] .

Il s'agit d'un certain Firmin qui signe ses lettres « Firmin D.m.p. ». Il est médecin,   encore un, et il se meurt d'amour pour une demoiselle « L. », dont on ne saura rien de plus sinon qu'elle est manifestement élève de Constance. Firmin, désignons le ainsi, a fait à Constance, qu'il appelle sa « bonne mère », ses confidences au cours de promenades au Luxembourg et doit être un habitué du 35 rue de l'Odéon car il mentionne à plusieurs reprises  M. Brière, époux de Julie-Thérèse Bignot cousine de Constance, et n'oublie pas de citer Julie-Constance. Malheureusement, les choses ne se sont pas bien passées entre L. et Firmin. Moyennant quoi, après lui avoir demandé de l'oublier, L. tombe malade et Firmin, désespéré, part aux armées. Le désespoir d'un amoureux malheureux de cette époque s'exprime par écrit avec des mots qui, aujourd'hui, nous font sourire. Ainsi :

« La fleur de ma vie est fanée,

  Il fut rapide mon destin

  Et de mon orageuse journée

  Le soir toucha jusqu'au matin. »

Firmin est à Bruxelles le 23 février 1812. Il loge chez le Commissaire impérial de Bruxelles qui est un solide et aimable flamand. Il a le temps de visiter le musée et de faire part à Constance de ses émotions esthétiques à la vue de tableaux de Rembrandt, Van Dick et Rubens. Le 8 mars 1812, il se désole que Constance aussi soit tombée malade, ses démêlés avec L. en étant apparemment la cause, et lui annonce, puisqu'il n'y a plus aucun espoir de ce côté, qu'il a demandé à partir dans un corps d'armée qui l'éloigne de la France. Le 22 avril 1812, il est à Stettin, à proximité de la Baltique sur la frontière actuelle entre l'Allemagne et la Pologne. Le 6 juillet 1812, il est à Wilnia, actuelle Vilnius capitale de la Lituanie. Il ne parle pas des ravages commis par l'armée française dans cette ville mais commence à déplorer sur un mode général la tristesse que lui inspirent les malheurs que s'infligent les hommes, tout en revenant au sujet qui le relie à Constance et en se réjouissant du rétablissement de L. qui a recommencé à travailler. Il espère obtenir le poste de médecin en second de la Garde impériale. Il ajoute que, compte tenu des mouvements constants de l'armée, Constance doit lui écrire à : « 1ère division de la Garde Impériale - Grande armée d'Allemagne » sans autre précision. Cela arrivera ; ce qui en dit long sur l’ampleur et l’efficacité des services auxiliaires de la grande armée, tout au moins pendant le « trajet Aller ».

Puis, c'est le silence. Car Firmin fait toute la campagne de Russie jusqu'à Moscou. De retour à Magdebourg (sud ouest de Berlin), après la débâcle que l'on sait, sa lettre du 5 février 1813 ne s'étend pas sur ce qu'il a subi mais il avoue que « son enthousiasme s'est éteint » et qu'il « se sent comme une fontaine tarie ». Le 12 mars 1813, le voilà près d'Erfurt (sud ouest de Magdebourg) en charge d'un hôpital militaire. Il éprouve « depuis son retour de Moscou », dit-il, « le plaisir de se montrer sain et sauf à ses amis, après un si périlleux voyage » : belle litote ou, si l'on préfère, belle pudeur pour désigner la terrible retraite de Russie. Mais l'on sent bien que l'homme est profondément atteint et que ses états d'âme de 1812 sont passés au second plan, repoussés par les souffrances subies au cours d'une terrible guerre.

Sur sa dernière lettre, datée du « Grand Quartier Général à Halberstadt » le 24 avril 1813, Constance a noté: « M. Firmin, décédé en ». Le coin déchiré de la lettre ne permet pas de connaître la date. Il ne serait pas étonnant qu'il n'ait pas survécu aux dernières convulsions militaires de l'Empire. Pour avoir précieusement conservé ses lettres, Constance a du être marquée elle même par les déboires sentimentaux de ce jeune médecin et de son élève qui ont trouvé leur terme, pour le premier, dans les horreurs des combats et, pour la seconde, dans une dépression suivie de l'oubli. C'est toujours le thème de la « Veuve d'une journée » et de la       « Veuve d'une année », moins le mariage préalable.

Revenons rue de l'Odéon.

En 1813, Julie-Constance a neuf ans. Entre deux tableaux, sa mère en fait un dessin au crayon [105] . La ressemblance avec le portrait de la petite fille du tableau de 1808 est évidente. Constance a mentionné au crayon: « Constance Charpentier âgée de neuf ans ». Il aurait mieux valu préciser « Julie-Constance ». Mais la précision n'est pas le fort de Constance : elle avoue dans certaines lettres, qu'elle ne signe pas mais qui sont évidemment d'elle en raison de leur contexte, ne pas savoir quel jour elle écrit. Elle ne signe pas non plus, bien malheureusement, beaucoup de ses tableaux. Pardonnons-lui. On ne peut à la fois avoir l'esprit plein de formes et de couleurs et porter attention aux détails qui n'auraient, au bout du compte, que le mérite de simplifier la tâche de celui qui tente de la faire revivre ...

 

Disons également à sa décharge qu'elle est désormais seule pour subvenir à ses besoins, à ceux de sa mère et à ceux de sa fille dont il faut assurer l'éducation. Constance vit pour et par la peinture. Les portraits qu'elle peint doivent lui assurer les revenus nécessaires. Les leçons qu'elle donne à ses élèves en sont le complément indispensable. Tout cela prend du temps et les journées n'ont décidément que vingt quatre heures. Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, qu'elle n'ait guère de temps à consacrer aux séquelles du tutorat que François-Victor était censé exercer sur les deux fils de Danton. En 1813, ils ont respectivement 24 et 22 ans et prennent leurs vies en mains. La ferme de Nuisement est vendue cette année là et Antoine lance une « manufacture ». Les deux frères entendent également récupérer ce qui reste de l'héritage de leur père. Il s'agit de tableaux qui se trouvent encore rue de l'Odéon. Ils font le voyage d'Arcis-sur-Aube à Paris. Pas de chance, Constance n'est pas chez elle ce jour là. Dans une lettre du 19 mai 1814 [106] , Constance se désole de ce contretemps. Elle n'a pas eu le temps de les remettre en état mais elle précise qu'elle est en train de le faire : les deux portraits de leur mère, celui de leur oncle Victor et de leur mère encore enfant sont nettoyés et vernis ; elle a repris et amélioré celui de leur père que Mme Dupin, « qui est venue le voir », trouve très ressemblant. Le tableau, qu’elle avait commencé en 1793 et qu’elle termine donc en 1814, se trouve aujourd’hui au musée Carnavalet [107] .

Constance avoue n'être capable « ni physiquement ni moralement » d'intervenir dans les affaires interminables et compliquées de la succession de leur père [108] , souhaite « que l'argent ... employé si utilement pour l'instant » les garantisse durablement et s'en remet à Marc-Antoine Gely pour faire face aux demandes concernant « un acte ou papier » pouvant se trouver « dans les papiers du cabinet de votre Papa ».

Constance est fidèle. Sa lettre à ses neveux est affectueuse mais elle la termine « à la hâte, faute de temps ». Elle fait ce qui relève de ce qu'elle sait faire, mais elle a tellement de choses sur les épaules qu'elle ne peut en faire plus. Qui pourrait la blâmer de mettre toute son énergie dans la préparation du Salon qui doit s'ouvrir le 1er novembre 1814 ?

 

La situation politique évolue rapidement. Napoléon abdique. Le comte de Provence reprend le pouvoir en tant que Louis XVIII. Le Salon, « Musée Napoléon » sous l'Empire, devient « Musée royal des arts ». Constance expose. Elle présente à nouveau « Première cure d'un jeune médecin » (n° 197), tableau déjà exposé au salon de 1808, « Une dame recevant les confidences de sa fille » (n°198), déjà exposé au salon de 1812, et ajoute une importante production nouvelle : « Portrait de deux jeunes filles de M. C., statuaire » (n°200), « Portrait de la fille de M. B., peintre » (n°201), « Tête de vieillard » (n°202), « Tête de vieille femme » (n°203) et « Plusieurs portraits, même numéro » (n°204). Aussi malheureux que cela soit, à l’exception d’ « Une mère recevant la confidence de sa fille », aucun de ces tableaux ne nous est connu.

En revanche, les efforts de Constance sont récompensés : une médaille d'or lui est attribuée.

Charles Gabet, décidément trahi par son typographe, mentionne qu’une médaille d'or lui a été attribuée en 1819. Toutes les biographies ultérieures de Constance Charpentier reprennent cette date sans état d’âme. Or, il n'en est rien. Le document des archives du Louvre intitulé « Médailles distribuées depuis l'an XIII jusques et compris 1819 » révèle l’attribution d’une médaille d’or à Constance - « Charpentier (Mme) » - sous le n° 5 pour l'année 1814. S'il en était besoin, les mêmes archives comportent un « Etat des médailles en or accordées par S.M. Louis XVIII aux artistes qui se sont distingués au Salon de 1814 ». « Mme Charpentier » y apparaît dans la liste des peintres récompensés. 1814 donc. Cette fois, Constance obtient  une manifestation explicite de reconnaissance de son talent par ceux de ses homologues qui décident des artistes qui doivent être distingués parmi la masse des exposants.

On pourrait se poser la question de savoir pourquoi la Monarchie restaurée lui a accordé ce que le Directoire puis l'Empire avaient négligé de lui concéder. Il faudrait alors suspecter une sorte d'ostracisme fondé sur ses liens avec la famille Charpentier et sur la fidélité de celle-ci envers Danton et sa descendance. Mais ce serait attribuer de bien grandes causes politiques à des faits relevant en réalité du seul domaine de l'art. Avec David, conventionnel, régicide et chantre de la révolution la plus excessive, avec Gérard, ancien juré au Tribunal révolutionnaire, le Directoire et l'Empire avaient accepté de fermer les yeux sur des passés bien plus discutables aux yeux de la monarchie restaurée que celui de Constance qui n'avait fait qu'épouser le beau-frère de Danton et qui n'avait pris aucune part à la lutte politique. La vérité apparaît plus simple. La concurrence entre les très nombreux peintres de grand talent de cette époque était considérable. Sans même évoquer David, désormais bien au dessus de toute nécessité de reconnaissance par ses pairs, pensons, parmi bien d'autres, à Gérard, à Girodet, à Bouillon, et à combien de femmes peintres de talent qui exposaient aussi. 

La médaille d'or décernée à Constance n'en n'a que plus de valeur et témoigne de son talent de portraitiste dûment reconnu par ceux que l'on appelait à l'époque les « connoisseurs». A 47 ans, quinze ans après le prix d’encouragement de 1799 et treize ans après celui de 1801, Constance obtient la consécration qu'elle attendait depuis longtemps.

   


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                                                        (Archives du Louvre)

   

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                                                      (Archives du Louvre)

 

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LE DERNIER SALON

 

Le 27 novembre 1815, Marie-Angélique Blondelu décède, rue de l'Odéon, à 75 ans. Sa fille Constance est sa seule héritière mais l'héritage est fort modeste. La déclaration faite par Constance et enregistrée le 23 mars 1816 porte sur une somme totale de 811,33 francs comprenant les meubles et effets, pour 526 F, 211 F de fermages se rapportant à des terres labourables situées dans l'Oise sur les communes de Maniguelé et de La Neuville Roy et pour 74,33 F de rente d'État. Constance n'avait évidemment pas d' « espérances », comme l'on disait alors, de ce côté. En revanche, la disparition de cette mère aimée avec laquelle elle vivait depuis toujours lui cause une peine réelle et, pour Julie-Constance qui va sur ses onze ans, la lente dégradation de la santé de sa grand-mère et son aboutissement inéluctable sont une épreuve douloureuse.

A 48 ans, Constance se retrouve seule avec sa fille dans cet appartement de la rue de l'Odéon où elle est entrée avec François-Victor vingt-deux ans auparavant. La « mélancolie » a-t-elle fait son œuvre ? Ce n'est pas impossible si l'on en juge par une lettre écrite par un ami, Auguste de la Sausaye, le 30 décembre 1815. Celui ci est à Saintes et n'est manifestement pas au courant de la disparition de sa mère à laquelle il prie Constance de transmettre son souvenir. Saisissant l'occasion de lui adresser ses vœux de bonne année, il la taquine en lui demandant si elle ne serait pas atteinte par la paresse en le laissant sans nouvelles, contrairement à ses habitudes, lui demande « comment va la peinture ? », avoue que pour sa part il l'a « depuis trois mois extrêmement négligée », prends la résolution de s'y « arrêter avec assiduité » car « c'est l'occupation la plus agréable » qu'il connaisse et, flatteur, ajoute « Que serait-ce donc si j'avais un talent comme le vôtre ? ». Pour que cette lettre assez banale ait été conservée par Constance, il faut croire qu'elle a eu pour elle de l'importance, soit parce qu'elle tombait mal en ravivant une souffrance mal éteinte, soit au contraire parce qu'elle lui a redonné le courage de repartir.

Quoiqu'il en soit, Constance a repris ses pinceaux et pendant les trois années suivantes a réalisé une série de portraits destinés à être exposés. Elle produit ainsi au Salon qui ouvre ses portes le 25 août 1819 le « Portrait de Mme A* * * en paysanne suisse » (n°212), le «Portrait de Mlle G*** peintre » (n°213), le « Portrait d'une petite fille » (n°214) et « Plusieurs portraits » sous le même numéro 215.

  De tous ces tableaux un seul a peut-être émergé du brouillard dans lequel s'est perdue, au moins pour le public, la production de Constance Charpentier. Passé dans une première vente [109] comme étant son autoportrait, il a été présenté une deuxième fois à la vente, [110] identifié cette fois comme étant le « Portrait de Mlle G*** peintre » exposé en 1819 sous le n° 213. L'indication « Mlle G*** » est regardée comme désignant Mlle Angélique Gaudo, élève de Constance. Le tableau n'est pas signé. La première appréciation était erronée. Sans prétendre que Constance était une beauté, elle était quand même mieux que le modèle du tableau dont il s’agit. Il suffit de rapprocher celui-ci de l'autoportrait de 1797, du portrait de l’auteur et de sa fille de 1799 et de l’autoportrait de 1828, dont il sera question plus loin, pour s'en convaincre. A l'évidence, si tant est que ce tableau soit bien de Constance, ce n'est pas son autoportrait. La deuxième identification se fonde sur la ressemblance du modèle avec un dessin existant dans l'album des élèves de Mme Charpentier [111] . Mais cette ressemblance ne va pas non plus de soi. On se contentera donc de ces indications pour conclure qu’il n’est guère assuré qu'il s'agisse bien du n° 213 de 1819, ni même qu'il soit vraiment de Constance Charpentier [112] .

 

Passé le Salon de 1819, Constance n'a plus jamais exposé. Fatigue, lassitude passée la cinquantaine, secret regret de la peintre qui ne peut ignorer, malgré la reconnaissance de son talent par ses contemporains, qu'elle ne fait finalement pas partie des plus grands et que déployer encore de grands efforts n'y changerait rien ? On ne sait. Plus simplement peut être, seule avec sa fille adolescente, n'a-t-elle plus assez de temps à consacrer à son art. Constance ne manque sûrement pas d'amis ni de relations. Mais il faut bien vivre au jour le jour, c'est à dire gérer les biens dont elle dispose, donner les leçons de peinture et de dessin qui procurent l'essentiel, bref assurer l'intendance, ce qui n'a jamais été propice à la création artistique. Quoiqu'il en soit, Constance ne semble plus avoir peint que des portraits de sa famille la plus proche.

 

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Tableau présenté d’abord comme un autoportrait de Constance Charpentier, puis comme celui de Mlle Gaudo son élève.

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  Mlle Gaudo, élève de Constance Charpentier –  Dessin - Constance Charpentier  (C.P.)

 

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                                           TRENTE ANS

   

En 1819, Julie-Constance a quinze ans. Les tourments révolutionnaires en matière de religion se sont estompés depuis longtemps, plus précisément depuis le Concordat signé le 15 juillet 1801 entre le premier consul Bonaparte et les représentants du pape Pie VII. Constance élève sa fille dans la foi catholique à laquelle ni elle ni sa famille n’ont jamais renoncé même au plus fort de la tourmente révolutionnaire. Julie-Constance est une adolescente tranquille. Un premier prix de sagesse – cela existait en ce temps qui est décidément bien lointain – lui est décerné le 1er août 1819, et aussi un « prix de persévérance de première classe » en catéchisme ainsi qu’une « récompense de première classe » en « science » [113] . Quinze ans, c’est tout juste l’éclosion. Il n’y a pas urgence à penser au mariage. Mais tout de même, pense Constance, il faut bien préparer l’avenir, sans le brusquer. Elle en a touché un mot aux amis de toujours, Charles-Daniel et Henriette Gaultier de Claubry.

Charles-Daniel a 81 ans. Le vieil homme et sa robuste épouse ont eu leurs lots d’épreuves en dehors même de l’épisode révolutionnaire. Ils ont perdu trois enfants en bas âge. Et des trois garçons restants, Emmanuel, Nestor et Henri, Nestor, le jeune et très talentueux médecin de 1808, est mort en 1814, à 25 ans, emporté par une maladie contractée lors de son service à l’hôpital du Gros Caillou. Heureusement, Emmanuel et Henri  sont solides et ont entamé de brillantes carrières. Emmanuel, après dix ans passés dans les armées napoléoniennes en qualité de médecin-chirurgien, s’est marié en 1815 et est, depuis 1816, médecin à l’Ecole Polytechnique. En 1819, il a 34 ans. Henri a 27 ans et, après une formation de pharmacien, est lui aussi à l’Ecole polytechnique où il est à la fois répétiteur de chimie et préparateur des cours de Louis-Jacques Thénard [114] . Il est toujours célibataire. Certes, il a douze ans de plus que Julie-Constance mais, enfin, rien n’empêche d’y penser.

Alors, en cet été 1819 où Julie-Constance doit recevoir le sacrement de confirmation, Constance prévoit une petite fête où seront invités tous les Gaultier de Claubry. Et quand l’archevêque qui doit confirmer Julie-Constance a une malencontreuse indisposition et que la cérémonie doit être reportée à un lundi matin, Constance s’assure qu’Emmanuel pourra bien venir le mardi en dépit de ses obligations professionnelles [115] . Ce qui sous-entend que, venant lui-même, il saura arracher Henri de ses propres obligations dans le même établissement. A cette époque, il faut veiller à ces choses là quand on est mère et que l’on veut ménager l’avenir de sa fille.

Et comme nul ne brusque les choses, le temps passe et les années suivantes apportent leur lot de deuils. C'est d'abord Charles-Daniel qui disparaît à 83 ans, le 24 octobre 1821. Il habitait alors rue du Dragon. Moins de deux ans plus tard, le 5 août 1823, c'est la chère tante Blondelu, veuve de Thomas Gely, qui meurt à Noyon. Pour Constance, ce sont tous les bons souvenirs de ses séjours revigorants dans cette vieille ville historique qui s'effacent.

Encore deux ans et ce que Constance espérait finit par se produire : le 17 août 1825, Henri-François Gaultier de Claubry épouse Julie-Constance Charpentier en l'église Saint Sulpice. Henri a maintenant 33 ans et Julie Constance 21 ans. Parmi les témoins, on trouve Jacques-Louis Thénard, membre de l'académie des sciences. Comment Constance ne serait-elle pas heureuse du mariage de sa fille avec un homme qui vient d'obtenir son doctorat ès-Sciences et qui bénéficie d'un tel patronage ? Sauf que, désormais, elle est seule.

Certes, le jeune ménage - comme l'on dit - n'est pas loin. Il habite au n° 4 de la rue Servandoni, juste à côté de l’église Saint Sulpice. Et Constance, qui doit trouver l'appartement du 35 rue de l'Odéon désormais trop grand pour elle seule, emménage au n° 5 de la rue du Pot de Fer-Saint Sulpice [116] . C'est à deux pas de la rue Servandoni. C'est commode. D'un autre côté, par ses élèves, Constance garde le contact avec la peinture qui a été toute sa vie. Et, on l'a déjà dit, elle ne manque pas d'amis. Mais quoi, c'est tout de même la solitude quand le soir vient.

Alors, elle se peint elle même, histoire de laisser derrière elle une trace. Cet autoportrait [117] , nous la montre telle qu'elle se voyait en 1828. La figure est toujours ronde, les yeux sont vifs mais le sourire est un peu triste. Elle s'entoure de dentelles et de nœuds de couleur dans les cheveux. Vieille mode, mais on ne se refait pas. Surtout, elle porte des lunettes, signe d'une presbytie normale pour ses 61 ans mais bien handicapante pour une peintre.

Elle ne l'empêche pas toutefois de faire encore un portrait de Julie-Constance parvenue à la maturité d’une femme raffinée et épanouie, comme nous la révèle la copie talentueuse d’un portrait original malheureusement disparu [118] , ni de saluer à sa manière l'arrivée de ses petits enfants. D'abord Emmanuel, né le 6 avril 1826, Henri ensuite né le 10 avril 1828 et Constance née le 13 mai 1830. Elle choisit de faire leurs portraits tous les trois au même âge et dans la même attitude : un an, petit sourire, robe blanche dénudant une épaule et bonnet blanc [119] .

Ce sont les derniers tableaux connus de Constance Charpentier.

Le 22 août 1833, Julie Constance met au monde un quatrième enfant, Xavier, et meurt une semaine plus tard, le 29 août 1833. A 29 ans. Après avoir perdu sa première fille âgée de 9 ans, voilà la deuxième, jeune et belle, mère de famille, qui disparait à 29 ans. « Terre de peine et de douleurs » toujours. Qu’a-t-elle fait pour mériter cela ? Qu'ont fait le mari et les enfants de cette jeune femme pour mériter cela ? Qu'a fait cette jeune mère pour mériter cela ? Rien de particulier évidemment. Simplement, la médecine de l'époque était encore incapable de maîtriser une fièvre puerpérale et la jeune science d'Henri Gaultier de Claubry n'y pouvait rien. Pour Constance, il reste la rage devant la condition humaine ou l'improbable espérance de la foi et un immense chagrin.

Henri Gaultier de Claubry se retrouve seul avec ses quatre enfants âgés respectivement de 7 ans, 5 ans, 3 ans et quelques jours. Sa mère a 77 ans et disparaitra à son tour deux ans et demi plus tard, le 21 février 1836. Son frère Emmanuel et son épouse Désirée ont deux enfants. Qui peut s’occuper des enfants d’Henri sinon leur autre grand-mère, Constance ? A 66 ans, Constance prend en charge l’éducation de ses quatre petits enfants.

Mais, outre le fait qu’au temps passé dans les mille occupations de tous les jours qui en découlent s’ajoute la fatigue qui en résulte, elle ne peut se résoudre à faire le portrait de Xavier. C’est trop lui demander. Peut-être en a-t-elle voulu, plus ou moins consciemment, à cet enfant qui avait été, en venant au monde, la cause de la disparition de sa fille ? Un tel sentiment profond a-t-il pesé sur les relations de la grand-mère et de l’enfant ? Le caractère tourmenté et compliqué de l'homme que sera Xavier Gaultier de Claubry trouve-t-il là son origine ? On ne sait et c'est probablement s'aventurer bien loin dans une hypothèse fondée sur la seule absence d'un tableau. Mais la douleur profonde, irrépressible, de Constance est certaine.

Le temps passe encore. Les enfants grandissent et la génération de Constance s'efface. En 1837, Antoine Charpentier, l’ancien notaire frère de François-Victor, disparait. Dans une lettre du 21 juillet 1837 adressée à Constance, le frère de Françoise Hébert, épouse d'Antoine, cousin et ami d'enfance de ce dernier, regrette sa disparition alors qu'il avait quelques années de moins que lui. Constance note « dernière ou avant dernière lettre » ce qui laisse penser que son auteur n'a pas du survivre très longtemps. Puis, en 1839, c'est au tour de Françoise Hébert de décéder.

Constance elle même, marquée par la disparition de sa mère à 75 ans, ne pense pas aller au delà. Elle subit évidemment les atteintes de l'âge et est souvent « incommodée » comme on disait alors. Mais le 4 avril 1842 arrive et elle est toujours là. Dès le 5 avril, elle écrit à l'une de ses élèves : « J'ai donné hier à dîner à toute ma famille ... famille Gaultier s'entend... C'était un dîner soi disant pour ma convalescence, c'était aussi pour célébrer l'anniversaire de ma naissance, le quatre avril où j'ai atteint ma soixante quinzième année ce que je n'avais jamais espéré voir. Enfin, les voici arrivés ces 75 ans, et l'on me félicite comme si j'allais devenir immortelle ou du moins si j'étais rajeunie de moitié. Il n'en est rien pourtant, je vous assure, et la décrépitude va toujours son train. Au reste, qu’ai-je à faire maintenant ici sinon de me disposer pour une autre vie ?  ... ». Son moral n'est guère au beau fixe si tant est qu'il  puisse jamais l'être quand le poids de l'âge se fait sentir. Mais l'écriture est encore ferme. Et elle promet à son élève de revenir sur « la peinture et le dessin de paysage » bien qu'elle s'affaiblisse « de jour en jour d'une manière sensible ». La passion de la peinture est toujours là. Quant au mariage prochain que son interlocutrice lui annonce, elle voudrait bien en savoir un peu plus sur le futur élu tout en se ravisant par discrétion : « Que m'importe après tout s'il vous rend heureuse. Je connais trop bien vos principes et votre raison pour craindre que vous vous soyez décidée légèrement dans une affaire aussi grave» [120] . Constance a toujours été une confidente et, peut être, une guide pour ses élèves en matière sentimentale.

Constance Charpentier a vécu encore sept ans. Une vie plus paisible probablement, au fur et à mesure que les petits enfants grandissaient, et une lente descente vers le terme ultime. Elle est décédée le 2 août 1849, à l'âge de 82 ans, chez son gendre Henri Gaultier de Claubry qui habitait alors avec ses enfants au n° 45 de la rue des Fossés Saint Victor. C’est son petit fils, Emmanuel Gaultier de Claubry, âgé de 23 ans, qui a procédé aux déclarations nécessaires.

Les quatre petits enfants de Constance sont ses héritiers, les deux premiers étant majeurs et les deux autres étant encore mineurs sous la tutelle de leur père, Henri Gaultier de Claubry. Elle laisse du mobilier évalué à 3 163,50 F et diverses terres affermées toutes situées dans l'Oise, le produit des fermages en cours étant évalué à 8 605,35 F.

La peinture a été sa passion mais elle ne lui a pas apporté la fortune.

  Julie-Constance Gaultier de Claubry vers 1830. (Copie d’un tableau de Constance Charpentier, resté dans la famille du peintre et malheureusement perdu après l’exécution de cette copie) (C.P.)

 

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                                  Autoportrait – Constance Charpentier-1828(C.P.)  

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                   Emmanuel, Henri et Constance Gaultier de Claubry – Constance Charpentier – (C.P.)                                                                                                    

   

 

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                        Acte de décès de Julie-Constance Charpentier – Décès du 29 août 1833

 

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                               Acte de décès de Constance Marie Charpentier  – Décès du 2 août 1849

   

                                                  EPILOGUE

   

  La vie de Constance-Marie Charpentier n’a pas été un long fleuve tranquille. Les circonstances l’ont amenée bien près du cœur de la Révolution et de ses terribles turbulences sans qu’elle renonce ni à ses amitiés même périlleuses, ni à l’amour de l’homme qu’elle a épousé au milieu de la tourmente de la Grande Terreur, ni à sa famille. Elle était fidèle et attentionnée, maintenant ses relations par un foisonnement de lettres écrites à la hâte mais qu’il lui aurait coûté de ne pas écrire. Mère de deux filles, elle les a vues disparaitre prématurément. Sa passion fut la peinture. Elle fut, avec bien d’autres, une peintre reconnue dans le domaine du portrait. Bien représentative de l’école dite néo-classique, elle ne fut révolutionnaire ni en politique ni en peinture même si elle profita, comme les autres, de la libération des peintres du carcan de l’Académie. Son art est peu en vogue aujourd’hui. Ses tableaux ne risquent pas de faire exploser les enchères des commissaires priseurs de France ou d’ailleurs, à une époque où la recherche à tout prix de nouvelles inventions picturales, qui s’égarent trop souvent dans l’inconsistant, retient toute l’attention. Constance, elle, peignait ce qu’elle voyait, avec soin et goût. Elle est reposante.

La plus grande part de son œuvre, notamment la majeure partie de la cinquantaine de tableaux exposés au Salon, reste inconnue, éparse dans des collections privées, si tant est qu’en raison des deux cents ans écoulés depuis leur réalisation beaucoup n’aient pas disparu purement et simplement. Quant aux difficultés d’attribution de tableaux non signés, elles sont trop banales pour que l’on puisse s’en étonner.

On laissera donc, en guise de conclusion, cette ultime question posée par un tableau existant toujours dans la lointaine descendance de Constance Charpentier, non signé bien sûr, et qu’aucun document ni même une tradition orale ne permettent de lui attribuer formellement. Le sujet est fort classique. Il s’agit de l’une des très nombreuses compositions inspirées à de fort nombreux peintres par la célèbre « Vierge de Lorette » de Raphaël. Pourrait-il être de Constance ? Ah oui ! Il y a la main, cette fameuse main alanguie. Il y a aussi l’écharpe blanche. Les couleurs de l’arrière-plan ne sont pas sans rappeler celui du tableau de la petite Julie-Constance. Ce sont peut-être des indices. Mais sont-ils suffisants ? A chacun de se faire son opinion.

                                                      

Vierge de Lorette.jpg                   DSC00191.JPG                                                          

                      La Vierge de Lorette                                    

                                                                                                        Constance Charpentier ?      

                Raphaël-Château de Chantilly

 

                                                                                             Le Chesnay, 9 septembre 2009.  

 

 

 

                                                    


                        ANNEXE I   :   GENEALOGIE SOMMAIRE : LIENS BLONDELU, CHARPENTIER, DANTON, GELY, GAULTIER DE CLAUBRY

                        François BLONDELU

                ________I___________                          

Marie-Anne--Geneviève                Pierre-Alexandre-Hyacinthe        François-Jérôme CHARPENTIER             Jacques DANTON                      Marc-Antoine GELY                                Charles-Daniel GAULTIER de CLAUBRY

        (1750-1824)                                     (1738-1786)                                                    (1724-1804)                                                             (1722-1762)                                                       (1751-1843)                                                                            (1738-1881)

       Thomas GELY                             Marie-Angélique Debacq           Angélique-Octavie Soldini              Marie-Madeleine Camut          Marie-Jeanne Leger-Revel                            Henriette Perrin       

        (1736-1802)                                  (1740-1815)                                                                                                                                                                                                                                                                   (1754-1836)                  

                        .                                                                      .                            .                           .                           .         .

         .                           .                           .                           .                           .                                   .        .

         .                           .                      Antoine-François                                                                      .                     Marie-Antoinette                         .                           .                           .                           (1758-1837)                                                     .                                                Marie-Jeanne                                                                                .

                        .                                                                      .                                                     Antoinette-Gabrielle ---------------- Georges-Jacques  ----------------  Louise-Sébastienne                        .

                                                                                                                                                        CHARPENTIER                  .                   DANTON                                           GELY

                   .                                                                                                         (1760-1793)                      .              (1759-1794)                                                 (1776-1856)                                                .

Euphrosine-Anne                                 Constance-Marie    -------------------   François-Victor                                      .                                                                              François-Etienne Dupin                       

   (1777-1847)                                            BLONDELU                      .                   CHARPENTIER                 .                                                                         (1767-1828)                        .                                                                                                                  (1767-1849)                    .                      (1761-1810)                    .                                            

Jean-Baptiste Adrien                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   .                      .

      DONNE                                                                                                                            .                                                           Antoine

   (1760-1814)                                                                                                                                                                          François-Georges                                                                                                                                                                                                                         

                                                                                                                              .                                                                                                                                                                                                                                                                  Emmanuel    

            .                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           (1785-1855)                  

                                                                                                                              .                                                                                                                                                                                                                                                                Désirée Leroux                   

            .                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             

                                                                                                                              .                                                                                                                                                                                                                                                                      Nestor       

            .                                                                                  Julie-Constance                                                                                                                                                                                                                                             (1789-1814)

     Alfred                                                                                        (1794-1803)                   

(1801-1878)                                                                               Julie-Constance    -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------  Henri

                                                                                                             (1804-1833)                                                                                                                        .                                                                                                                                             (1792-1878)

                                                                                                                                                                                                                                                 .

                                                                                                                                                                                                                    Emmanuel, Constance, Henri, Xavier

                                                                                                


                                                                                     

                                              ANNEXE II

 

                           Mentions diverses des tableaux de Constance Charpentier

 

                                              

 

     1 - Tableaux exposés par Constance Charpentier aux Salons du Louvre [121]

Salon 1795 :

            Par la citoyenne CHARPENTIER, rue du théâtre français.

                        82 : La petite friande.

                        83 : Deux portraits ; l’un d’Homme, et l’autre de femme.

Salon 1798 :

            Citoyenne CHARPENTIER, rue du théâtre de l’Odéon, faubourg Germain.

                        79 : Portrait en pied du C. F***, ex-représentant du peuple au Conseil des           Anciens.

                        80 : Portrait d’une femme et de son enfant.

                        81 : Portrait d’une femme peintre.

                        82 : Portrait de l’auteur, ovale.

                        93 : Un portrait d’homme.

Salon 1799 :

            Citoyenne C HARPENTIER.

                        708 : Deux tableaux faisant pendant : La veuve d’une année -  La veuve d’une journée. Ils appartiennent à l’auteur.

                        709 : Portrait de l’auteur et de sa fille.

                        710 : Deux portraits de femme. Même numéro.

                        711 : Un portrait de femme, ovale.

Salon 1800 :

            CHARPENTIER (Mme) rue du théâtre français, n°17.

                        85 : Portrait de Mme Delille, artiste de l’Odéon.

                        86 : Portrait d’une petite fille.

                        87 : Plusieurs portraits sous le même numéro.

Salon 1801 : Salon du musée central des arts – an IX de la République.

            Mme CHARPENTIER, rue du théâtre français, n° 17.

                        58 : La mélancolie.

                        59 : La jeunesse bienfaisante.

                        60 : Plusieurs portraits sous le même numéro : 1 portrait d’homme cachetant une lettre – portrait de femme qui déjeune – 2 portraits d’hommes – 1 portrait de femme.

Salon 1804 : Musée napoléon – 1er jour complémentaire, an XII de la République.

            Mme CHARPENTIER, rue du théâtre français, n° 17.

                        94 : Une mère convalescente soignée par ses enfants.

                        95 : Portrait d’une jeune personne montrant à lire à sa soeur.

                        96 : Plusieurs portraits sous le même numéro.

Salon 1806 : Musée Napoléon, 15 septembre 1806.

            Mme CHARPENTIER, rue du théâtre français, n° 35.

                        94 : Un tableau de famille : Un aveugle entouré de ses enfants est consolé de la perte de la vue par les jouissances des quatre autres sens.

Salon 1808 : Salon du musée Napoléon – 14 octobre 1808.

            Mme CHARPENTIER

                        114 : Première cure d’un jeune médecin.

                        115 : Portraits et études. Même numéro.

Salon 1810 : Musée Napoléon. 5 novembre 1810.

            Mad. CHARPENTIER, rue de l’Odéon, n° 35.

                        155 : Plusieurs portraits, plusieurs numéros.

Salon 1812 : Musée Napoléon – 1er novembre 1812.

            CHARPENTIER (Mad.) rue de l’Odéon, n° 35.

                        183 : Une mère recevant la confidence de sa fille.

                        184 : Une jeune fille tenant un nid de fauvettes.

                        185 : L’absence. Etude de femme.

                        186 : Portrait de Mme la baronne Dupin.

                        187 : Portrait de Mlle. Aug. Jodot.

                        188 : Portrait de M. Larey, major de cavalerie, et de son épouse.

                        189 : Autres portraits.

Salon 1814 : Musée royal des arts – 1er novembre 1814.

            CHARPENTIER (Mad.), rue de l’Odéon, n° 35.

                        197 : Première cure d’un jeune médecin.

                        198 : Une dame recevant la confidence de sa fille.

                        199 : Une jeune personne dessinant le paysage.

                        200 : Portrait de deux jeunes filles de M.C., statuaire.

                        201 : Idem de la fille de M. B., peintre.

                        202 : Tête de vieillard.

                        203 : Idem de vieille femme.

                        204 : Plusieurs portraits, même numéro.

Salon 1819 : Musée royal des arts – 25 août 1819.

            (Mad.) CHARPENTIER, rue de l’Odéon, n° 35

                        212 : Portrait de Mme A***  en paysanne suisse.

                        213 : Idem de Mlle G***, peintre.

                        214 : Idem d’une petite fille.

                        215 : Plusieurs portraits, même numéro.

 

    2 – Tableaux cités dans l’inventaire après décès de François-Victor Charpentier du 16 mai 1810.

 

            « Suivent les tableaux et autres objets d’art lesquels ont été prisés et estimés par le susdit  Mr Goddé, commissaire priseur, de l’avis de M.M. Thomas François Guérin demeurant à Paris rue du faubourg Poissonnière n° 12, et de M. Julien Decemme, artistes peintres, experts choisis par les parties, savoir M. Guérin par Madame Vve Charpentier et M. Decemme, par M. Gely, lesquels ont prêté serment entre les mains de Me Debruge, son confrère présent, de donner leur avis sur la valeur desdits objets en leur âme et conscience et ont les susdits experts signé avec le susdit Mr Goddé et les notaires après lecture faite.

                                        Ouvrages de Mme Charpentier

                         Quatorze portraits d’hommes et de femmes dont dix

It deux tableaux dont le père aveugle et l’autre la mère convalescente  dans leurs bordures dorées prisés et estimés cent quarante quatre francs                                                      

It une copie de la mère convalescente de Mme Charpentier prisé cinquante francs        

It St Paul dans sa bordure de trois pieds de haut sur deux pieds deux pouces prisé douze francs

It deux tableaux faisant pendants l’un dessin de fleurs et l’autre un paysage de vingt six pouces de hauteur sur vingt pouces de largeur prisés quarante huit francs                       

It un tableau représentant la première cure d’un jeune médecin dans sa bordure dorée de deux pieds six pouces sur deux pieds huit pouces estimé soixante douze francs                      

It 2 différents sujets dans leurs bordures dorées de dix-huit pouces sur vingt-quatre pouces vingt-quatre francs                                                                                                                     

It la veuve d’une journée et la veuve d’une année dans leurs bordures dorées de trente pouces de hauteur sur vingt-six pouces estimés cent vingt francs                                              

It deux études de dessin estimées douze francs                                                                 

It la petite friande estimée quarante huit francs                                                                 

It douze tableaux de différentes grandeurs servant d’études prisés soixante francs … ».

 

 

 

            3 – Tableaux mentionnés par Charles Gabet [122]

            « Les premières productions de Mme Charpentier datent de 1774. Ce furent d’abord des Portraits en pied et groupés ; le sien, où elle s’est représentée une première fois avec sa fille, ensuite tenant sa palette ; après elle fit paraître la Veuve d’un jour et La veuve d’une année qui lui obtinrent, en 1788, un prix d’encouragement de 1500 fr.; La Mélancolie, en pied, grand comme nature (Gouv.) ; des tableaux de genre : La jeunesse bienfaisante, acheté par M. Margueri, exp. En 1801 ; Un écrivain public et son pendant ; Compte-rendu sur l’anse du panier, des deux tab. Achetés par M. le marquis de Rougé ; un portrait en pied ; La Mère chérie ; Une jeune personne faisant lire sa petite sœur sur soi, et faisant portrait, exp. En 1804 ; Un aveugle entouré de ses enfants ; portrait de M. D., préfet des Deux-Sèvres ; portrait d’une Demoiselle à son piano ; Une Femme convalescente soignée par ses quatre enfants ; plusieurs portraits composés, au nombre desquels M. Filhol, éditeur de la Galerie du Museum ; sa fille, encore enfant, est sur ses genoux, exp. en 1806 ; première Cure d’un jeune médecin, exp. en 1808 ; Une Mère recevant la confidence de sa fille ; Une jeune fille tenant un nid de fauvette ; ce tab., appartenant à M. de Sacy, a été exp. en 1812 ;Une jeune fille dessinant un paysage, exp. en 1814 ; plusieurs Portraits, entre autres ceux des demoiselles de M. Cartelier, statuaire, membre de l’Institut ; deux Têtes d’études, l’une de vieille femme, l’autre de vieillard ; elles ont figuré aussi à l’exp. de Douai, où elles ont mérité à l’auteur une médaille d’argent… ».

 

            4 – Tableaux mentionnés par le Benezit.

1863 – Vente X… : L’écolier.

1884 – Vente baron d’Ivry : Le ménage du poète.

                                            Le ménage du peintre.

                                            Portrait d’un jeune homme.

14 mars 1901 – Portrait de M. P. Royer.

25 et 26 novembre 1904 – Vente Fournier : Le marchand de raisin.

19 mars 1906 – La toilette.

7, 8 et 9 mars 1908 – Le marchand de raisin.

13 et 14 mars 1908 – La toilette.

25 novembre 1925 – Vente X… : Baigneuse.

9 et 10 novembre 1953 – Vente collection M.F et Mme Vve L. : Portrait de jeune fille.

 

            5 – Tableaux attribués à Constance Charpentier [123]

          

            159.jpg                              charpentier-henriette-de-verninac.jpg

 

 

           charpentier-portret-emmanuela-josepha-sieyes1817.jpg                           138.jpg

 

   

6 – Tableaux attribués à Constance Charpentier et non mentionnés dans une source écrite.

                               DSC00203.JPG              

                       Portrait de Mme Templier et de sa fille devant un paysage

            DSC00208.JPG

                                                      La Malmaison


 

Tableau passé en vente en 2009 et attribué à Constance Charpentier : une étiquette ancienne,  au dos du tableau, mentionne « Charpentier » (Galerie Terrades – Paris).

 

                                                               Bibliographie

1 – Danton – Frédéric Bluche -1999 – Librairie académique Perrin.

2 – Danton, mémoire sur sa vie privée – Docteur Robinet – 1884 – Charavay frères, éditeurs.

3 – David, L’art et le politique – Régis Michel et marie-Catherine Sahut – Découvertes Gallimard / Réunion des musées nationaux.

4 – La femme de David – Henri Troyat – 1990 – Flammarion.

5 – Portraits de femmes – Olivier Blanc – 2006 – Editions Didier Carpentier.

6 – Chronique de la Révolution – 1989 - Larousse

7 – Les fils de Danton – E. Campagnac – Annales historiques de la Révolution française – 1947.

8 – Les portraits de la famille Danton – E. Campagnac – Annales historiques de la révolution française – 1953.

9 – A fine « David » reattributed – Charles Sterling – The Metropolitan museum of art Bulletin – Janvier 1951.

10 – Women artists in all ages and countries – Elisabeth Fries Lummis Ellet – New-York -1959.

11 – Catalogue de l’exposition “Equivoques”- Peintures françaises du XIX° siècle – Musée des arts décoratifs – 9 mars au 14 mai 1972.

12 – Catalogue de l’exposition « de David à Delacroix » - Paris – 1974.

13 – Femmes au miroir – Une histoire de l’autoportrait féminin – Frances Borgello.

14 – Le Paris de Diderot – article de janvier-février 1963. 15 – XVIII° siècle –Institutions, usages et costumes – Paul Lacroix – 1875.

15 – Dictionnaire historique des rues de Paris – Jacques Hillairet.

16 – Dictionnaire des artistes de l’Ecole Française au XIX° siècle – Peinture – Charles Gabet – 1831.

17 – Les salons de peinture de la Révolution française (1789-1799) – J.F. Heim – Paris – 1989.

18 – Allgemeines Kreustler Lexicon – Saur – 1998.

19 – Benezit.

20 – Femmes peintres 1550-1950 – Ann Sutherland Harris et Linda Nochlin.

21 – Femmes peintres à leur travail : de l’autoportrait comme manifeste politique (XVIII°-XIX° siècles) – Marie-Jo Bonnet – Revue d’histoire moderne et contemporaine – 2002/3.

22 – Nisa Villers, née Lemoine (1774 – 1821) – Margaret A. Oppenheimer.

23 – Au cœur de la Picardie, Histoire de Noyon racontée par ses rues – Jean Goumard – Société archéologique, historique et scientifique de Noyon.

24 – Noyon dans la tourmente révolutionnaire – Jean Goumard – Société archéologique, historique et scientifique de Noyon.

25 – Les bourgeois gentilshommes de Noyon – Gaston Braillon – Société archéologique, historique et scientifique de Noyon.

26 - Le clergé noyonais pendant la révolution – Gaston Braillon – Société archéologique, historique et scientifique de Noyon.

27 – Catalogues des ventes : Ader, Picard et Tajan- Drouot Montaigne – 12 décembre 1989 ; Christies – Monaco – 7 décembre 1990 ; Christies – Monaco – 30 juin 1995 ;  Etienne et Damien Libert – Drouot-Richelieu – 31 mai 1995 ; Me François de Ricqlès -  Drouot-Richelieu – 1er décembre 1995 ; Alain Leroy – Drouot-Richelieu – 3 juin 2004 ; Christies – Londres -2006 ; Mes Eric Beaussant et Pierre-Yves Lefèvre – Drouot-Richelieu – 2 décembre 2005 ; galerie Wildenstein – New-York – 21 avril au 28 mai 1982 ; Rieunier et Bailly-Pommery – 9 juin 1995 (ancienne collection du musée Steiner).

 

 

                                                               Additif Septembre 2012

L’apparition sur internet du texte qui précède a eu au moins le mérite de permettre de retrouver la trace de quelques tableaux de Constance Charpentier qui, encore aujourd’hui, existent paisiblement accrochés à leurs clous familiaux. La qualité des photographies qui en a été obtenue laisse parfois à désirer. Elles apportent néanmoins la preuve de leur existence. Tous sont dans les familles concernées depuis l’origine, transmis de génération en génération. Si, pour l’un ou l’autre, un doute est possible, il est signalé.

            1 – Un tableau exposé au Salon de 1804.

            « Une mère convalescente soignée par ses enfants »  est mentionné au livret du Salon de 1804 sous le n° 94. Il est également présent dans l’inventaire du 16 mai 1810 dressé après le décès de François-Victor Charpentier.

            Plus précisément, le texte de cet inventaire (cf. p. 105) cite, d’une part, « deux tableaux dont le père aveugle et l’autre la mère convalescente dans leurs bordures dorées prisés et estimés cent quarante quatre francs », d’autre part « une copie de la mère convalescente de Mme Charpentier prisé cinquante francs ».

            Il y avait donc deux « mère convalescente » dont le second exemplaire cité était une copie faite par Constance Charpentier elle-même ou par quelqu’un d’autre.

            Le tableau encore en possession de la branche concernée des descendants directs de Constance Charpentier ne peut être cette copie. Il est, en effet, toujours dans son cadre doré d’origine, cadre dont l’inventaire ne dit pas que la copie aurait été pourvue. Ce cadre est identique à celui du «  père aveugle » [a01] , ce qui conduit à penser que les auteurs de l’inventaire ont bien mentionné ensemble les deux tableaux exposés aux Salons, de dimensions analogues, présentés avec des cadres identiques et que ce sont ces deux tableaux qui sont restés dans les deux branches des descendants directs de Constance Charpentier.

Au demeurant, il suffit de rapprocher la « mère convalescente » d’une « mère recevant les confidences de sa fille » (cf. p.81) pour constater sans la moindre difficulté l’analogie dans le style, les attitudes des personnages, le cadre mobilier, les couleurs entre ces deux tableaux. L’attribution à Constance Charpentier n’est pas discutable.


Une mère convalescente soignée par ses enfants

          Une mère convalescente soignée par ses enfants – Constance Charpentier – Salon de 1804 – huile sur toile – 115 x 94. (c.p.)

 

2 – Un tableau non mentionné.

            Ce tableau n’a pas été exposé ou, à tout le moins, n’apparaît pas dans les mentions, fort peu explicites, des livrets des Salons. Il n’apparaît pas plus dans l’inventaire de 1810. Mais cela ne démontre pas grand-chose. Constance Charpentier a peint bien au-delà de 1810. Ses descendants, quant à eux, sont formels. Le tableau en question est son œuvre et il a toujours été dans la famille. Le titre transmis de génération en génération est « La servante paresseuse ». Il s’explique clairement aussi bien par l’habillement de la jeune personne que par le plumeau laissé à terre par elle pour mieux se consacrer à la lecture d’on ne sait quel petit roman. Là aussi, la « touche » de Constance Charpentier est évidente. S’y rajoute le bel effet de lumière obtenu par le jour provenant de la gauche, dans le dos du sujet. C’est un tableau de la vie bourgeoise quotidienne que l’on peut rapprocher du « compte-rendu sur l’anse du panier » (p.51). Constance Charpentier aimait peindre ce qui était autour d’elle.

 

  La servante paresseuse

La servante paresseuse – Constance Charpentier – Huile sur toile – 38 x 44. (c. p.)    

 

3 – Portraits de deux cousines et, peut-être, d’un neveu.

            Les deux cousines sont Euphrosine Marie Anne Gely et Julie Thérèse Bignot. Plus jeunes que Constance, elles formaient néanmoins avec elle un aimable trio qui adorait se retrouver l’été à Noyon. Une lettre conservée les cite, en 1801, en train de lire des vers que François-Victor Charpentier, le mari de Constance demeuré à ses fonctions à Paris, leur avait envoyés.

            Euphrosine (1777 – 1847) avait six ans de moins que Constance. Elle était, rappelons-le, la fille de Thomas Gely et de Marie Anne Geneviève Blondelu, sœur du père de Constance, Pierre Alexandre Hyacinthe Blondelu. C’est elle qui, rappelons-le aussi, avait volens nolens incarné la déesse Raison dans la cérémonie républicaine du 20 novembre 1793 à la « ci-devant » cathédrale de Noyon (cf. p.39). Son portrait fait par Constance est toujours en possession de ses descendants.

Euphrosine Marie Anne Gely

                         Euphrosine Marie Anne Gely – Constance Charpentier – Huile sut toile – Restauré (C. P.)

              Julie Thérèse (1775 – 1856) avait huit ans de moins que Constance. Elle était la fille de Pierre Bignot et de Julie Adélaïde Blondelu, autre sœur de Pierre Alexandre Hyacinthe Blondelu. Son portrait, peint par Constance, est toujours, lui aussi, en possession de ses descendants.

Julie Thérèse Bignot

                            Julie Thérèse Bignot – Constance Charpentier – Huile sur toile – (C. P.)

                                                                                           Tableau signé

 

            Le neveu est Alfred Donné (1801 – 1870), fils d’Euphrosine Marie Anne Gely qui avait épousé Jean Donné. L’identification du beau jeune homme, objet du tableau détenu depuis l’origine par ses descendants, est certaine.

            La question de savoir si l’auteur du tableau est Constance Charpentier est plus délicate. Elle connaissait évidemment le fils de sa chère cousine. Dans une lettre en date du 29 novembre 1816, le jeune Alfred, alors à la pension Savouré, dans le 5ème arrondissement de Paris, racontait à sa mère, qui habitait Noyon, qu’il était allé voir avec un ami sa « cousine Charpentier ». Il ne s’agissait évidemment pas de Constance Marie Charpentier mais de sa fille Julie Constance alors âgée de 12 ans. Il réitère dans une lettre du 26 mars 1819 : « Ma cousine Charpentier m’a chargé de vous dire bien des choses. Nous nous amusons toujours beaucoup chez elle car elle ne change pas, elle est toujours aussi originale et aussi amusante. Constance grandit tous les jours, elle est bien bonne et bien gentille Elle vous fait ses amitiés. ». Et dans une autre lettre du 12 janvier 1821 adressée à sa sœur Pauline : « La lettre que tu as écrite à Madame Charpentier lui a fait grand plaisir, mais Constance attend impatiemment celle que tu lui as promise. Je ne sais si tu as appris que ma cousine nous donne vendredi prochain une jolie soirée, j’espère que nous y aurons de l’agrément. ». Il est ainsi incontestable qu’Alfred Donné était un habitué du 17 de la rue du Théâtre Français quand il avait entre quinze et vingt ans.

            La famille pense que le portrait d’Alfred Donné a été réalisé vers 1824, ce qui est convaincant au vu du tableau. Alfred avait alors vingt trois ans. Mais elle n’a aucune certitude quant à son auteur. Il est très possible qu’il s’agisse de Constance Charpentier qui le connaissait bien ainsi qu’il vient d’être démontré. On pourrait même dire que l’on voit mal Constance, qui faisait les portraits de tous ceux qui l’entouraient, résister à l’envie de peindre un si beau sujet. Mais si, pour ces raisons, le portrait peut lui être attribué, cette attribution ne peut être regardée comme certaine. 

 

4 – Autres tableaux et un dessin.

            On se rappelle que, dans le texte ayant précédé cet additif, il avait été constaté que Constance Charpentier semblait n’avoir fait les tableaux que de trois de ses petits-enfants. Il manquait celui du dernier né, Xavier Gaultier de Claubry, à la naissance duquel sa mère, Julie Constance, n’avait pas survécu. On s’était interrogé alors : Constance avait-elle pu en vouloir, plus ou moins consciemment, à cet enfant qui, en venant au monde, avait été la cause de la disparition de sa fille [a02] .

            L’interrogation subsiste car, effectivement, elle n’a pas fait le portrait de Xavier à quelques mois comme elle l’avait fait pour ses frères et sa sœur. Elle a attendu neuf ans. L’enfant avait grandi. Il était là. La peine s’était un peu effacée. Elle l’a fait enfin, en 1842. Le portrait de son petit fils existe toujours chez ses descendants directs. Il est authentifié par Xavier Gaultier de Claubry qui a mentionné, au dos, qu’il s’agit bien de lui à l’âge de neuf ans, peint par sa grand-mère Charpentier. Il a cru devoir ajouter que « C’est le dernier portrait qu’elle ait réussi ». Constance avait soixante-quinze ans. Peut-être avait-elle voulu profiter de l’occasion de son dîner d’anniversaire, le 4 avril [a03] , pour montrer à son petit-fils qu’elle l’aimait comme les autres.

Xavier Gaultier de Claubry

 Xavier Gaultier de Claubry – Constance Charpentier – 1842 – (C. P.)

                                                                             Huile sur toile – 14 x 20

   

                Neuf ans plus tôt, Constance Charpentier avait fait un portrait de sa fille Julie Constance à quelques semaines de son accouchement fatal. Ce n’est pas un très beau tableau ou, si l’on préfère, Constance en a fait de bien plus beaux. Mais, si l’on prend le temps de le regarder attentivement, on ne peut qu’admirer le talent de l’artiste qui, avec toute sa sensibilité, a su rendre évident pour le spectateur l’alourdissement d’une grossesse difficile et une sorte de tristesse mal dissimulée par un sourire que l’on sent un peu forcé. L’inquiétude était là. Il y a, dans ce tableau, comme un caractère prémonitoire du drame à venir. Par son triste sourire et son clin d’œil amusé – ruban rose, ce sera peut-être une fille, ruban bleu, ce sera peut-être un garçon - Julie Constance s’efforce de donner le change que la peintre s’empresse de représenter. Mais ses yeux, qui fixent le spectateur, ne sourient pas. Et la peintre a su le montrer.

            Quand on connaît le contexte, ce tableau, conservé par ses descendants, serre le cœur.

 Julie Constance Charpentier enceinte de son fils Xavier

                   Julie Constance Charpentier enceinte de son fils Xavier – Constance Charpentier – 1833 – (C. P.)

Huile sur toile – 20 x30

            Il y a aussi, dans les mêmes souvenirs familiaux, ce petit portrait d’Henri Gaultier de Claubry, frère de Xavier, alors âgé d’une dizaine d’année et donc réalisé par Constance Charpentier en 1838.

Henri Gaultier de Claubry

                                     Henri Gaultier de Claubry – Constance Charpentier – 16 x 21 - uile sur toile

                  Ou encore ce très joli dessin. Mais on ne peut suivre sans difficulté la tradition familiale qui y voit un portrait de Camille Desmoulins. Constance Charpentier a, évidemment, très bien connu Camille Desmoulins. Le doute ne vient donc pas d’une quelconque impossibilité de rencontre entre eux. Il tient à ce que tous les portraits de Camille Desmoulins, et ils sont nombreux, le montrent avec des cheveux longs descendant jusqu’aux épaules, ce qui n’est pas le cas du jeune homme représenté ici.

  Portrait de jeune homme

               Portrait de jeune homme – Constance Charpentier – 43 x 57 – Crayon et pastel sur papier - (C. P.)

5 – Tableau apparu dans une vente.

            Il ne s’agit plus ici d’un tableau pendu à un clou familial mais de l’apparition d’un portrait, signé et daté, au détour d’une vente publique. Il trouve naturellement sa place dans cet additif.

Jeune femme à la robe bleue

Jeune femme à la robe bleue – Constance Charpentier – Signé : C – M.B./v. Charpentier  - Daté : 1812.

huile sur toile -  Vente Couteau  Begari – Drouot – 18 novembre 2011

 

                                                                                  Le Chesnay, 12 septembre 2012

 

     

Additif septembre 2014

 

            Sept tableaux viennent, grâce à l’amabilité de leurs propriétaires de toujours ou de leurs récents acquéreurs, compléter ce que la monographie et son premier additif ont révélé de l’œuvre de Constance Charpentier : trois scènes de genre et quatre portraits.

            1 – Un tableau exposé au salon de 1804.  

            Le « Portrait d’une jeune personne montrant à lire à sa sœur » a été exposé au Salon de 1804 sous le n° 95. Ce numéro est encore visible au revers de la toile. La signature « C M Charpentier » l’est tout aussi clairement.  

            Son identification et son attribution à Constance Charpentier ne peuvent donc faire de doute.

            On ne connait pas, en revanche, l’identité de la jeune fille ni celle de l’enfant prises pour modèles par la peintre. Notons simplement que la petite fille ne peut être Julie Constance Charpentier. On sait, en effet, que la première fille de Constance Charpentier ainsi prénommée, née en 1794, était malheureusement décédée en 1803 à l’âge de neuf ans et que la seconde, prénommée également Julie Constance, née le 31 mars 1804, n’avait que quelques mois à l’époque du Salon de cette même année.

 

Huile sur toile – 61 x 50 cm.
Coll. part.

Publié avec l’autorisation des ayants-droit.

 

            2 – Deux tableaux un peu surprenants. 

 

 
  Huile sur toile – 32,5 x 40,5 
© SCP Le Coënt-de Beaulieu et V. de M

Huile sur toile – 65 x 54 cm.
Coll. part. Publié avec l’autorisation des ayants-droit

            Ces deux tableaux sont passés en vente (SCP Le Coënt – de Beaulieu  et V. de M.) le 10 novembre 2013 à Senlis. Non signés, de belle facture, ils portent l’un et l’autre, au revers des toiles, le tampon « Belot » qui est celui d’un encadreur parisien, bien connu à l’époque de Constance Charpentier, actif à Paris, rue de l’Arbre Sec, de 1798 à 1824.

            Leurs sujets sont aisément identifiables. Pour le premier, il s’agit évidemment de « La mélancolie » [b1] et, pour le deuxième, du personnage le plus à droite du tableau dit des « Cinq sens » [b2] . On est tenté, sans pouvoir aller jusqu’à la certitude, d’y voir des modellos de ces deux tableaux, le troisième en ce qui concerne la « Mélancolie » [b3] , partiel s’agissant de la « Joueuse de guitare ».

            Selon une tradition de la famille des vendeurs, les deux tableaux présentés ici étaient à l’origine la propriété de leur ancêtre Sophie Cahon, l’une des élèves de Constance Charpentier [b4] , dont ils détiennent toujours un portrait par Léopold Leprince, peintre principalement de paysages mais auteur également de portraits et de scènes de genre (1800-1847).

 

            3 – Un portrait de 1810.

 

                             

                                                     Huile sur toile -  65 x 55 cm.

                                                      Coll. part – Publié avec l’autorisation des ayants-droit.

 

                Il est indiqué au revers du portrait de cet homme jeune par une écriture manifestement ancienne : « Mme Charpentier », et une date : « 1810 ». Peut-être a-t-il fait partie de ces « Plusieurs portraits, plusieurs numéros » mentionnés sous le numéro 155 dans le livret du Salon de 1810 sous la rubrique : « Mad. Charpentier, rue de l’Odéon, n° 35 ».

                Si on ne détient aucune indication irréfutable sur l’identité du sujet, on peut néanmoins se risquer à avancer une hypothèse tentante.

            Le ruban rouge qui orne sa boutonnière ne peut être à cette époque que la légion  d’honneur révélant, pour cet homme en civil, un mérite déjà reconnu.

            Constance Charpentier était, on le sait, très liée avec sa cousine germaine Julie-Thérèse Bignot (1775-1856) laquelle avait notamment un frère, Firmin Bignot né en 1777. Ils avaient très tôt (1787) perdu leur mère, née Julie-Adélaïde Blondelu, et Constance, plus âgée de dix ans, avait manifestement suppléé, vis-à-vis des enfants de Julie-Thérèse et au moins affectivement, à cette perte. Or, on sait par les lettres conservées par Constance qu’un Firmin, qui avait pour elle une grande affection, avait été son élève puis était devenu médecin diplômé avant de s’engager, à la suite d’une déception amoureuse, dans les armées napoléoniennes avec lesquelles, en 1812 et 1813, il était allé jusqu’à Moscou et retour [b5] . En 1810, Firmin Bignot avait trente-trois ans et pouvait avoir déjà vu ses mérites récompensés en sa qualité de médecin. Son incorporation deux ans plus tard dans la 1ère Division de la garde impériale suggère que ses talents de médecin-chirurgien étaient reconnus.

            Bref, de là à penser que le présent portrait est celui de Firmin Bignot avant son incorporation dans la Grande Armée… Mais cela n’est et ne peut être qu’une hypothèse.

            4 – Deux portraits de 1817.

 
Huile sur toile – 72 x 58 cm

Huile sur toile – 72 x 58 cm

                                                              Coll. part. – Publiés avec l’autorisation des ayants-droit

                Ces deux portraits, signés et datés (1817) par Constance Charpentier, sont, comme l’indiquent leurs propriétaires, ceux de Christophe Millet, chirurgien militaire qui, à son retour d’émigration, fut médecin du prince de Condé, et de Catherine Boidin née Roche.

            Constance Charpentier n’ayant pas participé au Salon entre 1814 et 1819, ils n’ont pas dû être exposés, sauf s’ils faisaient partie des « Plusieurs portraits, même numéro » mentionnés dans le livret de 1819 sous le numéro 215, ce qu’il est impossible de vérifier.

            C’étaient donc des tableaux de commande, constat qui n’enlève évidemment rien à leur intérêt et, notamment, à la délicatesse du portrait de Catherine Boidin.

 

            5 – Un autre portrait.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                      

                                                                           Huile sur toile -  60  x 50 cm

                                                           Coll. part. – Publié avec l’autorisation des ayants-droit

                                                                                                                      

         Les heureux propriétaires de ce portrait indiquent avoir découvert la signature « Blondelu Charpentier » lors de son nettoyage et de sa restauration. Ils précisent qu’au-dessous de cette signature apparaît, quoique difficilement lisible, la mention « Léon A de la R »,  mais il n’a pas été possible jusqu’à présent d’identifier de façon plus explicite ce beau jeune homme.                                                                                   

 

                                                                                                                                                             

                                                                                                                                                             

 



[1] A.F..

[2] Les actes officiels mentionnent : rue des Cordeliers, Cour du Commerce. Voir notamment en ce sens : « Danton – mémoire sur sa vie privée » - Docteur Robinet – 1884 - Annexe n° 6 p. 235. Seules les annexes de ce livre qui sont, pour l’essentiel, constituées par des actes officiels, sont dignes d’intérêt.

[3] Dictionnaire historique des rues de Paris – Jacques Hillairet. C’est toujours le cas aujourd’hui.

[4] Une pièce citée dans l’inventaire du 16 mai 1810 effectué après le décès de François-Victor Charpentier concerne un partage Blondelu du 5 novembre 1786.

[5] A.F.

[6]   « Danton, mémoire sur sa vie privée »- Ibid-Annexe n° 17 p.291.

[7] « Familles Leroux et Gaultier de Claubry »-Louis Bour-La France généalogique-Bibliothèque-Cote L0587.

[8] L’almanach royal précise que tous les maîtres en chirurgie étaient, de droit, membres de l’Académie royale de médecine. Le « médecin de quartier » exerçait ses fonctions pendant 3 mois. Pour Gaultier de Claubry, il s’agissait des mois d’avril, mai et juin.

[9] Charles Gabet indique que Constance Charpentier a été l’élève de Wilk (Dictionnaire des artistes de l’Ecole Française au XIX° siècle – peinture – 1831). Wilk n’est pas identifiable. On adopte ici l’interprétation de Robert Rosemblum qui y voit une erreur de frappe, même si, dans son journal fort précis où, jour après jour de 1753 à 1793, Johann Wille note ce qu’il fait, les gens qu’il rencontre et les élèves dont il s’occupe, il ne mentionne pas Constance Charpentier (Journal de J.G. Wille (1753-1793)-Paris-1857-Archives du Louvre).

[10] « Dictionnaire historique des rues de Paris »-Ibid.

[11] « Danton »-Frédéric Bluche-1999-Librairie académique Perrin. Tout ce qui concerne Danton dans le présent ouvrage est tiré de cette remarquable biographie.

[12] « Danton-mémoire sur sa vie privée »-Ibid-Annexes 1 et 12.

[13] Equivalent de l’Ordre actuel des avocats au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation.

[14] « David – L’art et le poliitique »-Régis Michel et Marie-Catherine Sahut-1988.

[15] L’existence de ces deux tableaux n’est pas démontrée. Ils sont cités par Elisabeth Lummis Ellet, américaine de New-York (1812-1877) dans « Women artists in all ages and all countries » (New-York-1859) avec les appréciations rapportées, indication reprise par Clara Erskine Clement, autre américaine de Boston (1834-1916) dans « Women in the fine arts from the seventh century b.C. to the twentieth century” (Boston-1904), et par le site internet actuel www.gutemberg.org. Aucune trace n’en existe dans les sources françaises. La Watson Library du Metropolitan Museum of Art de New-York en ignore tout. On a, néanmoins, pris ici le parti de suivre Mrs Ellet. Les essais de Constance Charpentier ne sont pas invraisemblables dans le contexte de l’époque et on se refuse à faire à Mrs Ellet un procès en affabulation.

[16] On ne peut suivre Charles Gabet (Ibid.) quand il dit que « Les premières productions de Mme Charpentier datent de 1774 ». Constance avait alors 7 ans !  Il semble avoir été encore victime d’une erreur de frappe. Il serait plus vraisemblable de lire 1784, encore que l’on ignore tout d’éventuels premiers tableaux de jeunesse.

[17] « Danton, mémoire sur sa vie privée »-Ibid- Annexe n° 12.

[18] De 1777 à 1783.

[19] « Dictionnaire historique des rues de Paris »-Ibid.

[20] Procès-verbal de la séance du 7 septembre 1789 de l’Assemblée Nationale-Archives Nationales.

[21] Le cadre de ce portrait (C.P.) porte l’inscription évidemment postérieure : « Madame Blondelu née Debacq – Premier portrait par sa fille Constance Marie Blondelu épse Charpentier »

[22] « Le personnel municipal de Paris pendant la Révolution-Période constitutionnelle –Paul Robiquet-1890.

[23]   On ne peut que renvoyer sur ce point au « Danton » de Frédéric Bluche.

[24] Voir  chapitre 10  pour l’avenir de ce tableau.

[25] Musée de Troyes.

[26] « Les portraits de la famille Danton »-E. Campagnac-Annales historiques de la Révolution Française-1953-p.348 à353 ; « Les fils de Danton »E. Campagnac-Ibid-1947-p.37 à63.

[27] Il s’agit de la ferme de Nuisement, près de Chassicourt, à quelques lieues d’Arcis-sur-Aube, des terres du prieuré de Saint jean du Chesne à Trouan-le-Petit et d’une maison donnant sur la place du grand Pont à Arcis-sur-Aube.

[28]    Il s’agit du 8 rue de Gruny – « Les bourgeois-gentilshommes de Noyon » - Gaston Braillon – Société archéologique, historique et scientifique de Noyon.

Thomas Gely habitait au 24 rue Saint-Eloi, de l’autre côté de la cathédrale : « Histoire de Noyon racontée par ses rues » - Jean Goumard – p.190 – Société archéologique, historique et scientifique de Noyon.

[29]   « Les bourgeois gentilshommes de Noyon » -Ibid.

[30] « Les portraits de la famille Danton »-Ibid. Ce portrait est resté dans la famille Danton. En 1953, il était en possession de M. Albert Sardin, arrière-petit-neveu de Danton et lui-même artiste peintre.

[31] « Le clergé du Noyonais pendant la révolution » - Gaston Braillon – p. 207.

[32] Futur Louis-Philippe 1er.

[33]   « Danton »-Ibid-p.135.

[34] A.F.

[35] A.F.

[36] La déclaration de guerre sera votée par l’Assemblée Législative le 20 avril 1792.

[37] Qualités apparaissant dans : « Danton, mémoire sur sa vie privée »-Ibid-Annexe n°17.

[38] Le 20 juin 1792, la foule envahit les Tuileries et contraint le Roi à coiffer le bonnet phrygien. Le manifeste publié le 25 juillet 1792 par le duc de Brunswick, commandant de l’armée prussienne, menace Paris d’une vengeance exemplaire s’il est attenté à la personne du Roi et y suscite l’indignation.

[39]   A.F.

[40] Aujourd’hui au musée de Troyes.

[41] A.F.

[42] A.F.

[43] A.F.

[44] Antoine François Charpentier avait repris l’étude notariale de Me Jean Dosfant le 13 octobre 1791 (cf. A.N.-Minutier-ET/CXVIII/658). Il avait épousé Françoise Hébert le 24 novembre 1791 (cf. contrat de mariage-A.N.-Minutier-ET/XXII/75).

[45] « Dictionnaire historique des rues de Paris »-Ibid. La rue du Théâtre Français, percée en 1776, s’est appelée un temps rue de la Comédie. Elle est devenue et est toujours rue de l’Odéon. Le numérotage des immeubles a évolué au cours du temps.

[46] C.P.

[47] « Familles Leroux et Gaultier de Claubry »-Ibid-p.47.

[48] Il est établi qu’en janvier et février 1794, Danton a sauvé plusieurs personnes arrêtées (« Danton »-Ibid-p.432). Charles-Daniel Gaultier de Claubry n’apparait dans aucune liste de condamnés par le Tribunal révolutionnaire (Archives nationales) et n’a donc pu se trouver sur une charrette de suppliciés dont un conventionnel l’aurait fait descendre pour procéder à un accouchement difficile, circonstance rapportée par une tradition encore connue des descendants directs de Constance Charpentier. Sortir de prison a pu passer à la postérité comme avoir échappé à l’échafaud. La coïncidence entre l’année de naissance de Julie-Constance, la proximité du ménage Charpentier de Danton, l’arrestation de Charles-Daniel et l’action de Danton à cette époque en faveur de personnes arrêtées conduisent au parti pris ici de relier ces quatre évènements pour donner un éclairage vraisemblable à la tradition familiale.

[49] « Noyon dans la tourmente révolutionnaire » - Jean Goumard – Société archéologique, historique et scientifique de Noyon.

[50] Ibid. p.253. Jean Goumard avance que la « citoyenne Gely » aurait pu être Louise-Sébastienne Danton, née Gely. Mais celle-ci était la fille de Marc-Antoine Gely, habitant à Paris Cour du Commerce, et non de Thomas Gely résidant à Noyon. Le 20 novembre 1793, Louise-Sébastienne, venant d’Arcis-sur-Aube, était rentrée la veille à Paris avec son mari.

[51] Saint-Just et Robespierre ont dénoncé Danton et ses amis comme traîtres à la Patrie, derniers partisans du royalisme. Le procès n’en a eu que le nom, les accusés étant finalement réduits au silence et le pouvoir en place veillant étroitement à la condamnation à mort des accusés.

[52] Il s’agit peut-être de celui qui avait repris le café du Parnasse en 1788.

[53] A part l’affirmation de Charles Gabet, il n’y a aucune trace d’un travail en commun de Constance Charpentier avec louis Laffitte.

[54] Collection des livrets des anciennes expositions -  J.J. Guiffrey - Bibliothèque des arts décoratifs.

[55] Chronique de la Révolution- Larousse - p. 506.

[56] Ibid.

[57] Cité par C. Gabet comme ayant été « acheté par M. le marquis de Rougé ».

[58] Exposé à la galerie Wildenstein de New-York du 21 avril au 28 mai 1982 sous le titre « L’anse du panier », après être passé en vente à Paris le 31 octobre 1979 (galerie Pardo) sous le titre « la servante réprimandée »..

[59] Portraits de femmes - Olivier Blanc – 2006 - p.91.

[60] Voir sur ce point, « Femmes peintres à leur travail : de l’autoportrait comme manifeste politique » - Marie-Jo Bonnet – Revue d’histoire moderne et contemporaine – n°49-3 – 2002-3.

[61] Vente Ader-Picard-Tajan – Paris – 12 décembre 1989.

[62] C.P.

[63]   « Journal des arts, de littérature et de commerce » - n° 20 – 10 brumaire an VIII (31 octobre 1799) – Archives nationales.

[64] Vente Christie’s – Monaco – 7 décembre 1990.

[65] C.P.

[66] Le livret du Salon de 1801 précise explicitement, pour une fois, les sujets de ces deux tableaux signés. Vente de l’ancienne collection du musée Steiner – Rieunier et Bailly-Pommery – 9 juin 1995.

[67] Ibid.

[68] A.F.

[69] Ibid.

[70] Julie-Thérèse Bignot, fille de Pierre Bignot et Julie-Adélaïde Blondelu alors décédée, épouse de René Jean Rémi Brière.

[71] Il est probable que c’est également de cette époque que datent les portraits de René-Jean-Rémy Brière et  de son épouse Julie-Thérèse née Bignot (cf. page 5) dont les descendants conservent la trace.

[72] A.F.

[73] A.F.

[74] Ibid.

[75] “A fine David reattributed” -  The Metropolitan museum of art bulletin – January 1951.

[76] A.F.

[77] Art Museum de Saint-Louis. Le rapprochement est fait sur le site internet américain « Artnet ».

[78] C.P.

[79] Parue dans la « Gazette des beaux-arts » - 1996-I.

[80]   « Contre-épreuves des croquis de R. Monsaldy pour les salons de l’an VIII, de l’an IX et de l’an XII » - Archives du Louvre – Cabinet des estampes.

[81] Sauf à supposer une erreur d’enregistrement, la hauteur réelle étant de 5 pieds 3 pouces au lieu de 3 pieds 5 pouces. Mais, à ce compte, on peut tout supposer.

[82] Le MET ne mentionne plus aujourd’hui l’attribution du tableau à Jacques-Louis David d’abord, puis à Constance Charpentier entre 1951 et 2007. L’intitulé désormais retenu ne contredit pas par lui-même le fait que le modèle aurait été Mlle du Val d’Ognes. Il est cependant ajouté qu’il pourrait être un autoportrait de son auteur, ce qui passe par profits et pertes les déclarations du commandant Hardouin de Grosville … Quant à la justification de l’attribution à Marie-Denise Villers, le MET ne semble pas l’avoir rendue publique.

[83] A.F.

[84] Une tradition familiale rapporte que Julie-Constance est décédée des suites des brûlures provoquées par l’eau bouillante d’une bassine qu’elle transportait et qui s’était renversée sur elle.

[85] A F.

[86] François Jérôme Charpentier, outre l’âge, n’a pu qu’être très affecté par les déboires de son fils ainé, Antoine François,  qui a du démissionner de sa charge de notaire en 1803 à la suite de mauvaises affaires financières et qui, ayant fait faillite, a été incarcéré pour dettes (cf. Etudes et notaires parisiens en 1803, au moment de la loi du 25 ventôse an XI (16 mars 1803)-Philippe Bertholet-Paris-2004-p. 320-322).

[87] « Danton   Mémoire sur sa vie privée » - Ibid.- Annexe n° 19.

[88] La photographie d’une litographie de ce tableau existe dans les archives du Département des peintures du Louvre.

[89] Vente Chritie’s – Monaco – 7 décembre 1990.

[90] C.P.

[91] A.F.

[92] « Familles Leroux et Gaultier de Claubry » - Ibid.

[93] Vente Beaussant et Lefèvre – Paris – 2 décembre 2005.

[94] C.P.

[95] C.P.

[96] C.P.

[97] L’un passé dans une vente (Christie’s – Grande-Bretagne – 2006), l’autre publié (voir annexe II)..

[98] Il s'agissait d'une fabrique d'objets en métal recouverts d'un placage, notamment des lanternes.

[99] Actuel 6ème arrondissement.

[100] Cet avoir est, en réalité, théorique : il n’y a en caisse que 112,50 f, le passif de la société s’élève à 137 416,67 f, l’actif à 111 737,67 f, tandis que les dettes de Constance se montent à 4 091,80 f et les rentrées prévisibles provenant des leçons données à ses élèves sont de 208 f. La situation financière de Constance est, à dire vrai, assez précaire.

[101] Vente Tajan – Paris – 2003.

[102] A.F.

[103] N° 1280 – vol.LXIII.

[104] A.F.

[105] C.P.

[106] Publiée dans « Les fils de Danton »   E. Campagnac - Annales historiques de la révolution - 1947 p.37 et s.

[107] Il fut acheté par le Dr Robinet qui en fit don au musée Carnavalet. Le même musée possède un autre tableau de Danton, plus grand mais strictement identique, attribué simplement à l’ « Ecole française du XVIII° siècle ». Serait-il impensable que ce tableau ait été peint par Constance Charpentier, le premier n’en n’étant que le modello ?

[108] « Les fils de Danton » - Ibid.

[109] Vente Etienne et Damien Libert et Alain Castor – Paris – 31 mai 1995.

[110] Me François de Ricqles – Paris – 1er décembre 1995.

[111] C.P.

[112] L’attribution des tableaux non signés est décidément un art bien difficile si tant est qu’elle ne résulte pas, parfois, de considérations purement mercantiles.

[113] A.F.

[114] « Familles Leroux et Gaultier de Claubry » - Ibid.

[115] A F.

[116] Les numéros impairs de la rue du Pot de  Fer – Saint Sulpice  (aujourd’hui rue Bonaparte) se trouvaient le long des bâtiments du séminaire Saint Sulpice, maintenant siège d’un service des impôts, à l’emplacement de l’actuelle allée du Séminaire.(Dictionnaire historique des rues de Paris – jacques Hillairet).

[117] C.P.

[118] C.P.

[119] C.P.

[120] A.F.

[121] Intitulés mentionnés dans les livrets des Salons (Archives du Louvre) ou tels que rapportés par J.J. Guiffrey dans « Collection des livrets des anciennes expositions » - Paris – Musée des arts décoratifs.

[122] « Dictionnaire des artistes de l’Ecole Française au XIX) siècle – peinture » - 1831.

[123] Publiés sur des sites internet sans indication de signature, de date, d’origine ni de date de vente.

[a01] De son vrai titre « Un aveugle entouré de ses enfants est consolé de la perte de la vue par les jouissances des quatre autres sens »

[a02] p.94

[a03] Ibid.

[b1] Monographie – p.65.

[b2] Ibid. p.77.

[b3] En plus de celui publié dans la monographie (p.56), il existe dans une collection particulière un modello au fusain. Dans cette hypothèse, Constance Charpentier aurait ainsi commencé par le fusain, poursuivi par celui publié p. 56 et, avant d’aborder le grand tableau final, approfondi son idée dans le troisième dont les tons en sont nettement le plus proche.

[b4] Ibid. p.68 où il est indiqué, par erreur, Sophie Cahou.

[b5] Monographie p 83 et 84.

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